Gauche et droite siamoises

Tout cela est pitoyable. Je ne parle pas seulement de la manière dont a été désigné Harlem Désir comme futur premier secrétaire du Parti socialiste, mais du spectacle que nous offrent gauche et droite confondues.

Commençons par le nouveau patron de la rue Solférino.

Il aura donc été nommé à l’issue de conciliabules dans la plus pure tradition socialiste.

Produit d’un accord d’appareil, de marchandages interminables – il a même fallu repousser la date limite de dépôt des motions -, de combines de courant. Un « leader minimo » se moquent déjà certains. Qui, faut-il le rappeler, a été condamné en 1998, pour avoir bénéficié d’un emploi fictif alors qu’il dirigeait SOS Racisme. Vous me direz que son challenger, Jean-Christophe Cambadélis, a, lui, été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la MNEF, et, une autre fois, pour un emploi fictif – décidément ! – dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés.

Match nul donc. Les éléphants socialistes avaient à choisir entre deux « ex-repris de justice »… N’est-ce pas François Hollande qui s’était engagé pendant sa campagne à ne pas s’entourer de personnes condamnées par la justice ? Vous me direz qu’Harlem Désir ne siège pas au gouvernement : il ne sera que le patron du parti majoritaire…

A droite maintenant.

Question divisions, associations de circonstances, jeu à trois bandes, arrière-pensées en tout genre, difficile d’égaler les apparatchiks de l’UMP ! Copé et Fillon sont décidément du même tonneau que leurs camarades socialistes. Et leurs meilleurs alliés. L’absolue priorité, vous l’avez compris, est au recueil des signatures nécessaires pour se présenter au vote des militants.

Le reste, chômage qui ne cesse de grimper, prix qui s’envolent, insécurité qui perdure, désindustrialisation qui nous affaiblit, quelle importance ?

Ils ont mieux à faire : se déchirer pour les meilleurs places.

Une histoire de 75%

Nos hommes politiques changent d’avis. Au gré des circonstances, des alliances du moment et des compromis qu’elles impliquent, ou tout simplement parce qu’ils se sont trompés et le reconnaissent. Ce dernier cas de figure – surtout le fait de l’avouer – est suffisamment rare pour qu’on leur pardonne alors de s’être fourvoyés…

Et puis, il y a le cynisme absolu, le propos qu’on ne tient que pour séduire tel ou tel, la promesse dont on sait pertinemment qu’elle passera à la trappe.

On est en droit de classer la proposition de François Hollande de créer une nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les revenus supérieurs à un million d’euros dans cette dernière catégorie. N’avait-il pas, en janvier 2011, dans un débat organisé par Mediapart avec l’économiste Thomas Piketty, expliqué qu’il était contre des taux d’imposition trop élevés ! Il les jugeait alors « confiscatoires » et inefficaces en raison des risques de « délocalisation » des riches contribuables. Exactement ce que dit la droite aujourd’hui de sa proposition…

Morale de l’histoire : gardons en mémoire ces 75 % quand le PS rappellera – souvent à juste raison – à Nicolas Sarkozy ses engagements non tenus, ses promesses sans lendemains, sa parole dévaluée à force d’avoir dit une chose et son contraire…