18 mars 1962…

Ce dimanche 18 mars, on commémore le 50e anniversaire des accords d’Evian qui devaient mettre fin à la guerre d’Algérie. Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu : plus de 1 200 Pieds-Noirs ont été enlevés par le FLN, disparus à tout jamais. Des dizaines de milliers de harkis ont été massacrés alors même que les autorités françaises étaient au courant et avaient intimé l’ordre à l’armée française de ne pas intervenir… Ces chiffres, cette réalité, la France ne veut toujours pas les regarder en face.

Le 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy promettait :

Si je suis élu président de la république, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis afin que l’oubli ne les assassine pas une nouvelle fois.

Qu’a-t-il fait depuis ? Il aura fallu attendre cinq ans pour qu’il déclare, il y a quelques jours à peine dans les colonnes de Nice Matin, à l’adresse des Harkis :

Pour que vous puissiez pardonner, il faut que la République reconnaisse qu’il y a eu une injustice, qu’il y a eu une forme d’abandon, c’est fait. Maintenant, pardonnez, parce que la République a besoin de vous.

Est-ce cela le geste fort qu’on pouvait attendre ? Non, il s’agit plutôt d’une d’injonction, du genre « Circulez, il n’y a plus rien à discuter. » Inacceptable. Tout autant que cette lettre adressée au Premier ministre turc le 18 janvier et dans laquelle le chef de l’Etat énumère les « pages noires de l’histoire de France » : la traite négrière, le rôle de l’Etat dans la déportation des Juifs et… « les souffrances indicibles et la brutalité aveugle de la colonisation française en Algérie ». (cf. mon billet « Duplicité » du 3 février)

Il ne s’agit pas ici de demander un nouvel acte de repentance ou une de ses lois mémorielles qui me font horreur. Mais simplement de rappeler l’histoire, de dire les faits. Bref de ne pas être totalement hémiplégique. Sur les Pieds-Noirs, sur les harkis, sur le FLN, sur la colonisation, sur l’Algérie française.

Duplicité

Encore un mot sur les pieds noirs. Je sais, cela ressemble à une obsession. Mais quand même, écoutez ça.

Dimanche dernier, toujours à Perpignan et toujours au congrès du Cercle algérianiste, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a lu un message du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy finissait cette adresse par ces mots : « Je vous affirme que 2012 sera l’année du souvenir et du recueillement, et sûrement pas celle de la repentance. »

Le 18 janvier, le même Nicolas Sarkozy avait envoyé une lettre au Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, pour tenter de le calmer, quelques jours avant le vote, au Sénat, de la loi pénalisant la négation du génocide arménien. Et que contenait son courrier ? Une énumération des pages noires de l’histoire de France : la traite négrière, le rôle de l’Etat dans la déportation des Juifs et… « les souffrances indicibles et la brutalité aveugle de la colonisation française en Algérie. »

Dix jours avant sa grande déclaration contre la repentance à Perpignan !

Tout cela porte un nom : la duplicité.

Hémiplégie

J’ai pleuré ce week-end à Perpignan.

Le Cercle algérianiste inaugurait le Centre de documentation des Français d’Algérie. J’étais comme chez moi, entre amis, en famille. A la tribune, tout ce qui se disait me touchait, me rappelait des souvenirs, avivait des blessures. J’ai même retrouvé, caché dans ma mémoire, les paroles du Chant des Africains. Et puis, j’étais en colère contre ces historiens, toujours les mêmes, qui sont décidément hémiplégiques. Qui ne veulent rien entendre, surtout pas ces chiffres donnés par Daniel Lefeure, professeur à l’Université Paris-8. Plus de 10.000 harkis ont été massacrés alors que la France leur avait promis aide et protection. Ils ont été abandonnés, après avoir été désarmés, c’est-à-dire livrés à ceux qu’ils avaient combattu à nos côtés. Ils aimaient la France. La France les a trahis.

Et puis, je ne le savais pas : 1.700 pieds-noirs ont disparu, oui disparu, dont plus de la moitié après les Accords d’Evian, le 19 mars 1962. Et, là encore, malgré les promesses, malgré les engagements. A Perpignan, les témoignages de ceux qui les ont attendus, qui les ont longuement attendus, m’ont pris à la gorge. J’avais honte pour mon pays.

J’oubliais : le FLN a enlevé des Européens pour récupérer le sang dont il avait besoin pour ses blessés. Vidés, au sens propre… Et certains, en France, continuent de se vanter d’avoir été les « porteurs de valise » de ces terroristes… qu’on salue dans la bonne presse.