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J’ai suivi d’un œil amusé les péripéties des affiches d’Infidèles, le nouveau film de Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

Ainsi donc nos deux acteurs auraient bravé la bienséance de rigueur en osant des affiches portant atteinte, comme l’écrivent sans rire nos féministes de service, « à l’image de la personne humaine ». Des plaintes ont été déposées auprès de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité.

Cette censure – puisqu’il s’agit bien de cela – semble avoir fait doucement rigoler nos deux hommes qui, sur Twitter, ironisaient : « On vous fait une petite photo car nos affiches risquent de devenir collector. »

Quelle audace ! Quel culot ! Quelle bouffée d’air frais ! Quel courage ! On s’est enthousiasmé sur la toile pour nos deux héros. Alors, quitte à jouer les mauvais coucheurs, je dois vous confesser que je suis un peu dubitatif. Il faut dire que j’ai encore en tête une petite histoire qui me semble éclairante sur le « courage » de Gilles Lellouche.

C’était il y a deux ans, dans l’émission de Géraldine Muhlmann, Cactus, sur Paris Première. Ce soir-là, l’un et l’autre nous étions moqués d’un petit film d’éducation destiné aux élèves de primaire, Le baiser de la lune et les petits poissons, censé sensibiliser nos rejetons aux charmes de la différence, en l’occurrence de l’homosexualité. Une sorte d’éloge de la tolérance dégoulinant de bons sentiments, une niaiserie dans l’air du temps. Nous n’avions pas quitté les studios que nos habituels bien-pensants partaient en chasse : nous étions tous les deux d’affreux homophobes.

Tout cela aurait prêté à rire si, la semaine suivante, sommés de nous expliquer par une presse et des associations soucieuses de couper quelques têtes déplaisantes, nous ne nous étions pas retrouvés sur le même plateau. Et là, alors que je m’étonnais d’un tel charivari et refusait, bien sûr, de présenter la moindre excuse, quelle ne fut pas ma stupeur d’entendre notre homme se lancer dans une autocritique en règle. Il y allait de sa réputation, on l’avait mal compris, il ne pouvait être celui qu’on soupçonnait qu’il fût. J’en étais mal à l’aise. Pour lui cela va sans dire. Mais que voulez-vous, une carrière vaut bien quelques petites humiliations.

Alors, le courage, l’audace de Gilles Lellouche… Mais son sens du marketing, ça oui, je suis d’accord.