La patrie non-reconnaissante

L’information n’en finit pas de faire des vagues. Sur Internet du moins. Les familles des trois militaires assassinés par Mohamed Merah n’ont pas été invitées au défilé du 14 juillet, comme c’est le cas, traditionnellement, pour les parents des soldats tués pour la France. « Y a-t-il une différence entre nos enfants assassinés par un terroriste sur le sol français et des soldats morts sur le sol afghan ? » se sont-elles interrogées. On est en droit de se poser la question. Comme si nos dirigeants n’arrivaient pas à considérer Mohamed Merah comme un terroriste et rien d’autre. Difficile en effet pour certains de reconnaître que nous sommes en guerre contre une partie de ces jeunes Musulmans qui ont fait le choix du djihad, qui haïssent nos valeurs, qui vomissent la France. Reste qu’ils existent et qu’ils tuent. En toute bonne conscience. Et c’est nous qui devrions avoir mauvaise conscience ?

Sans rapport, quoique… Lors de son concert au Stade de France, Madonna a diffusé un clip dans lequel on voit Marine Le Pen avec une croix gammée sur le front. La leader du Front national a porté plainte. C’est son droit. Mais ce qui me sidère, au-delà du caractère abject de cette image, c’est la réaction de Marisol Touraine, notre avenante ministre des Affaires sociales et de la Santé. Interrogée sur LCI, elle a expliqué : « Non, ça ne me choque pas ». Ajoutant : « Je crois que c’est une mauvaise façon de répondre au problème politique que pose le Front national. » Mais pas un mot, pas une intonation qui disent sa stupeur devant une telle bassesse. Et, comme ses amis, elle n’hésitera pas à se draper dans la morale à la première occasion…

PS/ La république des copains (4). Thomas Legrand, qui tenait une chronique dans Les Inrockuptibles, a décidé de quitter l’hebdo
à l’annonce de l’arrivée d’Audrey Pulvar.

Je n’y ai pas cru au début, ça me semblait impossible ! Je n’ai rien contre elle. Je ne crains pas la censure, ni les relectures orientées. Je sais qu’elle me laisserait libre. Je ne mets pas en cause sa capacité de schizophrénie… […] Mais je crois qu’il ne peut plus y avoir de traitement crédible de la politique aux Inrocks.

Ce n’est pas moi qui le dis.

Ces Tartuffe de journalistes

« Droit à l’information », « liberté de la presse », « règles déontologiques » : les journalistes n’auront pas lésiné sur les grands mots pour justifier la diffusion sur TF1 – et quelques autres chaînes de la TNT – d’extraits des échanges entre Mohamed Merah et les policiers qui encerclaient son appartement de Toulouse. Sans vouloir jouer les donneurs de leçons – tous les médias auraient fait la même chose s’ils avaient été en possession de ces enregistrements – je dois vous avouer mon agacement, pour ne pas dire plus, à l’endroit de ces Tartuffe qui nous parlent morale quand il ne s’agit que de scoops et parts de marché. Les journalistes sont des dealers et la came était bonne.

Je ne suis d’ailleurs pas choqué. Les machines à produire de l’info que sont les médias n’ont pas d’états d’âme. Que pèsent secret de l’instruction et douleur des familles face à cette course à l’audience ? Rien. Les PV d’auditions sont publiés le jour même dans les colonnes des journaux. Avocats, magistrats, journalistes s’associent dans ce petit commerce au plus grand profit de chacun. Le journalisme d’investigation tant vanté par la profession n’est, le plus souvent, qu’un journalisme de recel, pour ne pas dire de délation.

La diffusion des conversations de Merah aura au moins eu un mérite : tordre le coup à ces « analyses » qui, au moment des assassinats de Toulouse et de Montauban, ont fleuri dans la presse, nous présentant l’homme comme un pauvre garçon des cités un peu perdu, sans repères familiaux, une sorte de victime d’une société qui n’aura pas su l’écouter, le comprendre et le remettre à temps dans le droit chemin.

Le cynisme de Merah, sa froideur, son arrogance, sa haine de la France, sa détestation des Juifs, cette « ruse » dont il se prévaut : peut-être les plus obtus, les plus inconscients vont-ils enfin ouvrir les yeux sur ce qu’ils ne veulent pas voir, sur cette haine de l’Occident et des Juifs qui habite une partie de la jeunesse musulmane de nos banlieues. Un aveuglement qui explique, peut-être, comment, pourtant entendu par les services de renseignement, Merah a pu passer entre les mailles du filet.

Antisémitisme

Et si l’on cessait de nier l’évidence ? Si l’on regardait, enfin, les choses en face ?

Oui, se développe dans nos banlieues un antisémitisme porté par de jeunes musulmans.

Et il n’est pas marginal, comme voudraient nous le faire croire nos politiciens. Enfin, pas tous, c’est vrai. Manuel Valls le dit, lui, haut et fort :

L’antisémitisme est profondément ancré dans certaines banlieues.

Il est député-maire d’Evry et, comme de nombreux élus de banlieue, il lui est difficile de se murer dans le déni de réalité que pratique la classe politique… à gauche comme à droite.

Cet antisémitisme est une sorte de produit d’importation. On se prend pour un jeune Palestinien, on singe l’Intifada, on répète des slogans entendus sur des chaînes d’information du monde arabe ou pêchés dans les bas fonds d’Internet.

Rien de tout cela ne peut servir d’excuses. Pas plus que les familles éclatées, les services sociaux désemparés, réduits au minimum, ou encore les difficultés rencontrées pour trouver un emploi ne peuvent être invoqués comme autant de « circonstances atténuantes ».

Tariq Ramadan se trompe quand, à propos de Mohamed Merah, il écrit sur son blog : « Un pauvre garçon, coupable et à condamner, sans l’ombre d’un doute, même s’il fut lui-même la victime d’un ordre social qui l’avait déjà condamné, lui et des millions d’autres, à la marginalité, à la non reconnaissance de son statut de citoyen à égalité de droit et de chance. »

A ceux qui douteraient encore de la réalité, de la prégnance de ce nouvel antisémitisme, je renvoie aux témoignages d’enseignants qui ont dû, devant l’hostilité de certains élèves, renoncer à faire observer la minute de silence pour les jeunes victimes juives de la tuerie de Toulouse !

Ainsi, dans Libération, Laurence, une éducatrice de 47 ans dans un quartier difficile de Toulouse justement, explique :

L’antisémitisme est ancré de façon incroyable. Cela fait dix ans que j’entends des choses choquantes. C’est la nausée.

La nausée, dit-elle. N’y ajoutons pas l’hypocrisie de ceux qui ne veulent pas voir.

Angle mort

Revenir sur la tuerie de Toulouse.

S’agit-il d’un simple fait divers – même s’il est particulièrement sordide, violent, horrible – qui relève d’une dérive personnelle ?

Mohamed Merah n’étant au fond, comme l’a décrit Nicolas Sarkozy, qu’un « fanatique », un « monstre ». Du coup, pas besoin de s’interroger davantage. « Chercher une explication (…) serait une faute morale. » en a même conclu le Chef de l’Etat. Commode et rassurant.

Autre approche, que résume assez bien Razzy Hammadi, secrétaire national du Parti socialiste :

Pourquoi ce gamin qui était français et non pas parachuté par une force obscure depuis l’étranger, s’est-il identifié à des combats qui n’ont rien à voir avec les nôtres et est devenu un tueur ? Cela mérite qu’on s’interroge.

Et d’ajouter, judicieusement :

Nos dirigeants ne vivent pas dans les milieux qui produisent ce genre de profil. Ça crée un angle mort.

Incommode et peu rassurant.

Alors, comment expliquer les gestes de Mohamed Merah ? Par l’habituel recours à des quasi-excuses psycho-sociologiques ? Du genre « famille désunie », « enfance difficile », « influence du milieu carcéral », etc.

On en finirait par nous dire que l’intégrisme n’existe pas et qu’il n’y a que des problèmes de société.

Ou faut-il, enfin, prendre à bras le corps d’autres questions autrement plus dérangeantes pour les uns et les autres : assiste-t-on à une islamisation des banlieues avec son lot de folles dérives ?

Le vieil antisémitisme n’est-il pas supplanté par une nouvelle haine anti-juive, un antisémitisme « profondément ancré dans certaines banlieues » pour reprendre les mots de Manuel Valls, un autre socialiste, élu justement de ces mêmes banlieues ? Et même oser s’interroger : n’était-il pas un peu naïf d’affirmer qu’une immigration étrangère porteuse d’islam ne pose pas problème dans une Europe vieillissante ? Une question, je le sais, qui vaut de se voir immédiatement taxé d’islamophobe par certains…

Et si ces questions sont légitimes, contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, ne serait-il pas temps de s’interroger sur ces regroupements familiaux, sur cette immigration massive qui alimente ici, chez nous, des ghettos, des mentalités de ghettos, une violence de ghettos, un islam de ghetto qui pourraient faire d’un Mohamed Merah non pas une sorte d’exception, – on parle quand même de 300 à 500 djihadistes dans notre pays ! – mais le signe avant-coureur d’un possible basculement ?

Idéologues

Ainsi donc, si l’on en croit certains – les candidats de gauche et leurs états-majors, la presse qui va avec, mais aussi François Bayrou, Corinne Lepage ou Dominique Sopo, le président de SOS Racisme – les polémiques sur le halal, sur les hiérarchies entre civilisations, sur l’immigration, sur le vote des étrangers et, plus loin encore, sur l’identité nationale, auraient leur part de responsabilité dans la folie meurtrière de Mohamed Merah.

Elles auraient fait, en quelque sorte, le lit du terrorisme.

Les mêmes ajoutant maintenant que la priorité des priorités est d’éviter tout amalgame entre Musulmans et terroristes, entre l’islam et sa version salafiste.

Qu’il ne faille pas confondre les adeptes de Mahomet et un fou furieux qui empoigne une enfant par les cheveux avant de lui loger une balle dans la tête, bien évidemment. Ce serait faire insulte à des millions de nos compatriotes musulmans. Mais laisser entendre qu’il serait indigne et même coupable de s’interroger sur le communautarisme rampant qui gangrène notre société, sur une immigration massive qui se fait au détriment des plus pauvres, est inacceptable. C’est, comme l’a dit Alain Juppé, ajouter l’ignoble à l’horrible.

Ces pourfendeurs des « mauvaises pensées » ne sont, en fait, que des idéologues qui refusent obstinément de regarder le monde tel qu’il est. Au point, on l’a vu dès les premiers assassinats de Toulouse, de mettre en avant tous les éléments qui pouvaient accréditer la thèse d’un tueur néo-nazi. Pas besoin de préciser qui était visé…

Personne n’est assez naïf pour ne pas imaginer – et voir déjà à l’œuvre – les tentatives des uns et des autres, à droite comme à gauche, pour grappiller quelques points dans les sondages à l’occasion cette affaire. C’est malheureusement la loi de la politique. Personne n’y échappe.

Mais, au moins, que ces sept morts permettent de poser les questions qu’il est urgent de mettre au cœur de cette campagne.