Une histoire de 75% (suite)

L’image d’un taux confiscatoire sur une toute petite fraction des contribuables n’aura aucun effet et ne produira aucune recette.

Le quotidien Le Monde, une fois cette phrase mise en avant, a consacré exactement quatre lignes, pas une de plus, aux propos tenus par François Hollande, lors d’un débat organisé par Mediapart avec l’économiste Thomas Piketty il y a un an, le 28 janvier 2011. Un débat au cours duquel celui-ci disait donc exactement le contraire de ce qu’il affirme aujourd’hui avec sa proposition d’une nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les revenus dépassant un million d’euros.

Et comme si cela ne suffisait pas dans le genre « on ne va quand même pas chercher des poux à ce bon candidat socialiste », le quotidien du soir ne parle des « mensonges de M. Hollande » qu’à travers une citation de l’UMP…

Quatre lignes en tout et pour tout.
Imaginons un instant que les mêmes propos aient été tenus par un certain Nicolas Sarkozy…

Une histoire de 75%

Nos hommes politiques changent d’avis. Au gré des circonstances, des alliances du moment et des compromis qu’elles impliquent, ou tout simplement parce qu’ils se sont trompés et le reconnaissent. Ce dernier cas de figure – surtout le fait de l’avouer – est suffisamment rare pour qu’on leur pardonne alors de s’être fourvoyés…

Et puis, il y a le cynisme absolu, le propos qu’on ne tient que pour séduire tel ou tel, la promesse dont on sait pertinemment qu’elle passera à la trappe.

On est en droit de classer la proposition de François Hollande de créer une nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les revenus supérieurs à un million d’euros dans cette dernière catégorie. N’avait-il pas, en janvier 2011, dans un débat organisé par Mediapart avec l’économiste Thomas Piketty, expliqué qu’il était contre des taux d’imposition trop élevés ! Il les jugeait alors « confiscatoires » et inefficaces en raison des risques de « délocalisation » des riches contribuables. Exactement ce que dit la droite aujourd’hui de sa proposition…

Morale de l’histoire : gardons en mémoire ces 75 % quand le PS rappellera – souvent à juste raison – à Nicolas Sarkozy ses engagements non tenus, ses promesses sans lendemains, sa parole dévaluée à force d’avoir dit une chose et son contraire…

Staliniens de service

Mediapart, le site dirigé par Edwy Plenel, a décidé de ne pas accueillir Marine Le Pen dans le cadre de ses émissions sur l’élection présidentielle. Nos grands démocrates ne veulent pas lui « offrir une tribune ».

Jusque là, rien que de très habituel : la même dialectique qui, jadis, justifiait aux yeux de nos trotskystes de « tirer comme des lapins » les marins de Cronstadt qui se révoltaient contre la dictature communiste en URSS, sert aujourd’hui – mais, Dieu merci, ils ne sont pas au pouvoir – à écarter ceux qui n’ont pas l’heur de leur plaire.

Seul point comique, l’argumentation avancée est parfois surréaliste : si Mediapart ne veut pas s’abaisser à recevoir la responsable du Front national, c’est – personne d’autre n’oserait l’écrire – parce que « depuis sa création, Mediapart n’a cessé d’être attentif au pluralisme d’idées, de débats, de projets » ! Attendez la suite : « Comme journalistes », continuent nos donneurs de leçons de déontologie, « nous pouvons revendiquer en toute indépendance de lui appliquer un traitement différencié. Le pluralisme, c’est aussi ce droit de choisir ».

Décidément, staliniens jusqu’au bout des ongles…

J’oubliais : le même Edwy Plenel s’élève contre la décision de la direction du FN de refuser l’entrée des journalistes du site à sa convention professionnelle. Au nom, bien sûr, de la liberté de la presse.

Comme l’écrit l’ancien magistrat Philippe Bilger, « Mediapart aurait le droit d’être sadique et sa victime le devoir d’être masochiste ? »…