Questions en vrac

Les coups de filet anti-islamistes se poursuivent. Perquisitions, arrestations, expulsions, refus de visas, pas un jour sans une opération coup de poing sur le front de la lutte contre le terrorisme. Et je serai le dernier, ici, à critiquer une politique de fermeté que je ne cesse d’appeler de mes vœux. Même si, pas tout à fait naïf, je peux m’interroger sur un planning coïncidant étrangement avec le calendrier électoral…

Etre implacable avec ceux qui s’adonnent au terrorisme, qui flirtent avec le terrorisme, qui font l’apologie du terrorisme, bien sûr. Mais si, dans le même temps, on se départissait enfin de cette prudence qui nous colle à la plume dès que nous abordons ces questions. Si l’on osait s’interroger sur les liens entre islamisme et terrorisme, entre immigration massive et une certaine violence. Si l’on cessait de tourner autour des mots, ajoutant des conditionnels, des précautions de style, de peur de se voir rejeter dans le camp des xénophobes, pour ne pas dire des fachos.

Et, à y être, nous pourrions aussi oser d’autres questions : peut-on accueillir une immigration de peuplement, majoritairement musulmane, sans mettre en cause notre vieille Europe, sans l’obliger à changer radicalement ? Y a-t-il compatibilité entre notre mode de vie, de penser, d’être et ceux de populations à l’histoire, à la culture si différentes des nôtres ? Sommes-nous prêts à des renoncements importants sur ce qui a fait, jusqu’à présent, notre spécificité ?

Questions dérangeantes. Questions importantes. Questions immorales aussi selon certains. Mais qu’importe…

Pour mémoire

En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs famille, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes (…). La cote d’alerte est atteinte. (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine.

Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration. Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient trop importante (…), la crise du logement s’aggrave.

De qui est cette diatribe ?

De quelques leaders de la droite la plus extrême ? De xénophobes, de racistes patentés ?

Pas du tout.

Elle est signée Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti communiste français.

Il écrit au recteur de la grande mosquée de Paris. Et la lettre est publiée dans L’Humanité du 6 janvier 1981.

Pour le patron du PCF, il s’agit de défendre Paul Mercieca, maire communiste de Vitry, qui a fait raser au bulldozer, le 24 décembre 1980, juste avant Noël, un foyer Sonacotra où logeaient plusieurs centaines de Maliens…

Et Georges Marchais d’insister :

J’approuve le refus de Paul Mercieca de laisser s’accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, d’immigrés. 

Nous sommes à quatre mois de la « victoire historique » de François Mitterrand. Et que je sache, le Parti socialiste n’a pas rompu avec son allié communiste… Des ministres du PCF siègeront dans le gouvernement de Pierre Mauroy… Nos intellectuels de gauche n’appelleront pas à boycotter un parti qui tient pareils discours…

C’est Louis Aliot qui, l’autre dimanche sur RTL, voulait citer – mais ne l’a finalement pas fait – cet extrait de L’Humanité, nous rapporte Valeurs actuelles.

De bonne guerre quand Jean-Luc Mélenchon rabâche, de meeting en marche sur la Bastille, que « l’immigration n’est pas un problème » et qu’il faut « régulariser tous les sans-papiers ».

400 ou 500.000 précisait, il y a quelques jours, Clémentine Autain à mon micro de Sud Radio !

Angle mort

Revenir sur la tuerie de Toulouse.

S’agit-il d’un simple fait divers – même s’il est particulièrement sordide, violent, horrible – qui relève d’une dérive personnelle ?

Mohamed Merah n’étant au fond, comme l’a décrit Nicolas Sarkozy, qu’un « fanatique », un « monstre ». Du coup, pas besoin de s’interroger davantage. « Chercher une explication (…) serait une faute morale. » en a même conclu le Chef de l’Etat. Commode et rassurant.

Autre approche, que résume assez bien Razzy Hammadi, secrétaire national du Parti socialiste :

Pourquoi ce gamin qui était français et non pas parachuté par une force obscure depuis l’étranger, s’est-il identifié à des combats qui n’ont rien à voir avec les nôtres et est devenu un tueur ? Cela mérite qu’on s’interroge.

Et d’ajouter, judicieusement :

Nos dirigeants ne vivent pas dans les milieux qui produisent ce genre de profil. Ça crée un angle mort.

Incommode et peu rassurant.

Alors, comment expliquer les gestes de Mohamed Merah ? Par l’habituel recours à des quasi-excuses psycho-sociologiques ? Du genre « famille désunie », « enfance difficile », « influence du milieu carcéral », etc.

On en finirait par nous dire que l’intégrisme n’existe pas et qu’il n’y a que des problèmes de société.

Ou faut-il, enfin, prendre à bras le corps d’autres questions autrement plus dérangeantes pour les uns et les autres : assiste-t-on à une islamisation des banlieues avec son lot de folles dérives ?

Le vieil antisémitisme n’est-il pas supplanté par une nouvelle haine anti-juive, un antisémitisme « profondément ancré dans certaines banlieues » pour reprendre les mots de Manuel Valls, un autre socialiste, élu justement de ces mêmes banlieues ? Et même oser s’interroger : n’était-il pas un peu naïf d’affirmer qu’une immigration étrangère porteuse d’islam ne pose pas problème dans une Europe vieillissante ? Une question, je le sais, qui vaut de se voir immédiatement taxé d’islamophobe par certains…

Et si ces questions sont légitimes, contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, ne serait-il pas temps de s’interroger sur ces regroupements familiaux, sur cette immigration massive qui alimente ici, chez nous, des ghettos, des mentalités de ghettos, une violence de ghettos, un islam de ghetto qui pourraient faire d’un Mohamed Merah non pas une sorte d’exception, – on parle quand même de 300 à 500 djihadistes dans notre pays ! – mais le signe avant-coureur d’un possible basculement ?

Idiots utiles

Il aura suffi que Nicolas Sarkozy parle de réduire de moitié le nombre d’immigrés arrivant en France chaque année pour que certains, toujours les mêmes, crient au scandale.

Imaginez un peu : il partirait en chasse sur les terres du Front national parce que, bien sûr, la question de l’immigration est la propriété de la famille Le Pen…

Et non, on peut ne pas adhérer au discours du FN et, néanmoins, se préoccuper, se soucier, s’inquiéter d’une immigration mal ou pas contrôlée du tout. Une immigration massive – autour de 180.000 personnes par an – à laquelle il convient d’ajouter des sans-papiers au nombre de 400 à 500.000, un chiffre par définition difficile à évaluer.

Qu’on restreigne le regroupement familial, qu’on rende moins facile l’obtention d’un visa pour qui épouse un ou une Française, me semble le bon sens même. Nous sommes en crise, faut-il le rappeler à nos donneurs de leçons, et bien incapables d’accueillir convenablement trop de nouveaux arrivants. Sans parler de la pression à la baisse qu’une immigration sauvage fait peser sur les conditions de travail et les rémunérations des salariés les plus précaires. Mais il est tellement facile de se monter généreux quand on est, soi même, installé confortablement dans des emplois protégés…

Vous l’avez peut-être d’ailleurs remarqué : les seuls à qui on ne demande, jamais ou presque, leur avis sur cette question, ce sont justement les immigrés qui, à force de volonté, sont intégrés, travaillent et n’ont aucune envie d’une concurrence qui se fera forcément à leur détriment et pour le seul profit d’exploiteurs sans vergogne.

Ou quand les bons sentiments font le malheur de ceux qu’ils prétendent défendre.
Lénine ne parlait-il pas d’idiots utiles ?