Gauche et droite siamoises

Tout cela est pitoyable. Je ne parle pas seulement de la manière dont a été désigné Harlem Désir comme futur premier secrétaire du Parti socialiste, mais du spectacle que nous offrent gauche et droite confondues.

Commençons par le nouveau patron de la rue Solférino.

Il aura donc été nommé à l’issue de conciliabules dans la plus pure tradition socialiste.

Produit d’un accord d’appareil, de marchandages interminables – il a même fallu repousser la date limite de dépôt des motions -, de combines de courant. Un « leader minimo » se moquent déjà certains. Qui, faut-il le rappeler, a été condamné en 1998, pour avoir bénéficié d’un emploi fictif alors qu’il dirigeait SOS Racisme. Vous me direz que son challenger, Jean-Christophe Cambadélis, a, lui, été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la MNEF, et, une autre fois, pour un emploi fictif – décidément ! – dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés.

Match nul donc. Les éléphants socialistes avaient à choisir entre deux « ex-repris de justice »… N’est-ce pas François Hollande qui s’était engagé pendant sa campagne à ne pas s’entourer de personnes condamnées par la justice ? Vous me direz qu’Harlem Désir ne siège pas au gouvernement : il ne sera que le patron du parti majoritaire…

A droite maintenant.

Question divisions, associations de circonstances, jeu à trois bandes, arrière-pensées en tout genre, difficile d’égaler les apparatchiks de l’UMP ! Copé et Fillon sont décidément du même tonneau que leurs camarades socialistes. Et leurs meilleurs alliés. L’absolue priorité, vous l’avez compris, est au recueil des signatures nécessaires pour se présenter au vote des militants.

Le reste, chômage qui ne cesse de grimper, prix qui s’envolent, insécurité qui perdure, désindustrialisation qui nous affaiblit, quelle importance ?

Ils ont mieux à faire : se déchirer pour les meilleurs places.

Libre, enfin libre !

Je me suis amusé – exercice au fond assez masochiste – à ré-écouter les propos de nos « peoples » réunis pour faire la fête dimanche soir à la Bastille. Miracle d’Internet, on retrouve tout ou presque des paroles inoubliables prononcées ce soir-là par nos stars de gauche – dont certaines sur le retour, au point qu’on se dit, méchamment bien sûr, que l’occasion était trop belle pour elles de s’offrir à peu de frais une scène et un come back… Mais assez de médisance et revenons à leurs propos.

Je vous avoue que j’hésite : à qui attribuer la première place de ce hit parade de l’emphase, de la flagornerie et, disons-le, de la bêtise. Mais quand même, Clémentine Célarié est en pole position. Surexcitée, quasiment en transe, à deux doigts d’un orgasme politico- émotionnel, elle a hurlé, virevoltant : « On est enfin libres ! Je me sens libre ! » Et on la comprend, après des années de goulag, retranchée dans son boboland, notre comédienne a enfin pu respirer, revivre quoi !


Josiane Balasko, plus politique, nous explique que « de nouveau, le drapeau tricolore signifie quelque chose ».

Emboitant le pas d’Harlem Désir – vous vous souvenez, notre pote de SOS Racisme aujourd’hui plus guindé que plus le gris des apparatchiks – qui ose un « avec François Hollande, la République revient ». Vous me direz qu’après Jack Lang qui expliquait que le 10 mai 1981 était un jour historique où « la France est passée de l’ombre à la lumière », on joue forcément petit bras.

Il y a aussi les vrais intellectuels, le lourd si j’ose dire, comme Dan Franck, le confident de la famille DSK, qui évoque le bilan exécrable du président vaincu, soulignant le « désastre culturel » de son quinquennat. Lui dont, à ne pas douter, la production marquera de son empreinte le début de ce siècle. On passera sur le retour des momies, renouant avec leur jeunesse, revivant « un flashback de 1981 » comme l’a dit, l’œil humide, Guy Bedos, ou l’a susurré le très prolétarien Pierre Bergé, affublé d’un feutre mitterrandien.

Vint la faute de goût : le chouchou des Français, l’abonné au top 1 des personnalités, l’un des clients préférés du fisc, Yannick Noah. Enfin, nous a-t-il expliqué, il est « content d’être Français ».

Il ne lui reste plus, pour se faire pardonner son exil en Suisse, qu’à nous écrire un hymne à la manière d’Herbert Avraham Haggiag Pagani, dit Herbert Pagani.
Ingrats, vous l’avez oublié j’en suis sûr !

C’est pourtant lui, en 1977, qui n’avait pas hésité à écrire d’éternelles paroles pour le Parti Socialiste, sur une musique de Míkis Theodorákis.

Allez, je vous rafraîchis la mémoire :

France socialiste

Puisque tu existes

Tout devient possible ici et maintenant !

Pour la musique, demandez à nos amis de la place de la Bastille… ou appuyez sur le bouton ci-dessous !