Antisémitisme des cités

Il faut toujours être prudent quand on aborde un fait divers. Et davantage encore quand on sait très peu de chose sur les agresseurs, leurs motivations, les conditions exactes du drame. Alors, contentons-nous de rapporter de façon très factuelle ce qui s’est passé samedi soir à Villeurbanne, dans le Rhône. Trois jeunes juifs âgés de 18 ans et portant la kippa ont été agressés par une dizaine d’individus qui les ont frappés à coups de marteau et de barre de fer. Les agresseurs, décrits comme « d’origine maghrébine », auraient proféré des insultes antisémites, selon la police.

« D’origine maghrébine », on sent bien, à lire et relire la presse, la réticence des journalistes à l’écrire. On ne le nie pas, on le laisse entendre, on fait comme si tout le monde comprenait à mi mots mais on ne s’y attarde pas. Surtout ne pas mettre l’accent sur cet antisémitisme qui n’a rien à voir avec la vieille détestation qu’une partie de l’extrême-droite française portait – et porte toujours – à l’encontre de la communauté juive. Cet antisémitisme-là, on le dénoncerait plutôt deux fois qu’une pour le mettre immédiatement sur le dos, bien sûr, de cette « peste brune » qu’est cette « peste blonde » de Marine Le Pen. Mais dire haut et fort qu’en banlieue, il est de bon ton d’insulter un « feuj », de se jouer, à bon compte et sans risque, une intifada de pacotille, les mêmes sont d’un coup plus prudents, toujours prêts à trouver des explications qui finissent par ressembler à des excuses.

Un peu comme le racisme anti-blancs. Qui n’existe évidemment pas selon nos habituels redresseurs de torts. Ils n’y voient qu’un habillage visant à montrer du doigt ces « jeunes » victimes d’un « système » qui les exclut, les brime, les rend tels qu’ils sont mais sans qu’ils en portent la moindre responsabilité. A ces autistes, je leur propose d’écouter, pour une fois, un élu de terrain. André Guérin est député communiste du Rhône. Pour lui :

Oui, la gangrène intégriste existe bel et bien dans des quartiers de France. Se diffuse ce poison de l‘obscurantisme religieux qui nourrit l’antisémitisme et le racisme anti-blancs. Arrêtons de faire l’autruche.

Notre député était déjà en froid avec ses petits camarades communistes pour avoir expliqué : 

Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France. C’est un mensonge entretenu depuis 30 ans (…). Aujourd’hui, limiter y compris l’immigration régulière devient vital, face à une situation explosive dans des centaines de villes populaires.

Ses dernières déclarations ne vont pas arranger ses affaires… Mais les faits sont têtus disait un autre camarade, un certain Vladimir Ilitch Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine.

Antisémitisme

Et si l’on cessait de nier l’évidence ? Si l’on regardait, enfin, les choses en face ?

Oui, se développe dans nos banlieues un antisémitisme porté par de jeunes musulmans.

Et il n’est pas marginal, comme voudraient nous le faire croire nos politiciens. Enfin, pas tous, c’est vrai. Manuel Valls le dit, lui, haut et fort :

L’antisémitisme est profondément ancré dans certaines banlieues.

Il est député-maire d’Evry et, comme de nombreux élus de banlieue, il lui est difficile de se murer dans le déni de réalité que pratique la classe politique… à gauche comme à droite.

Cet antisémitisme est une sorte de produit d’importation. On se prend pour un jeune Palestinien, on singe l’Intifada, on répète des slogans entendus sur des chaînes d’information du monde arabe ou pêchés dans les bas fonds d’Internet.

Rien de tout cela ne peut servir d’excuses. Pas plus que les familles éclatées, les services sociaux désemparés, réduits au minimum, ou encore les difficultés rencontrées pour trouver un emploi ne peuvent être invoqués comme autant de « circonstances atténuantes ».

Tariq Ramadan se trompe quand, à propos de Mohamed Merah, il écrit sur son blog : « Un pauvre garçon, coupable et à condamner, sans l’ombre d’un doute, même s’il fut lui-même la victime d’un ordre social qui l’avait déjà condamné, lui et des millions d’autres, à la marginalité, à la non reconnaissance de son statut de citoyen à égalité de droit et de chance. »

A ceux qui douteraient encore de la réalité, de la prégnance de ce nouvel antisémitisme, je renvoie aux témoignages d’enseignants qui ont dû, devant l’hostilité de certains élèves, renoncer à faire observer la minute de silence pour les jeunes victimes juives de la tuerie de Toulouse !

Ainsi, dans Libération, Laurence, une éducatrice de 47 ans dans un quartier difficile de Toulouse justement, explique :

L’antisémitisme est ancré de façon incroyable. Cela fait dix ans que j’entends des choses choquantes. C’est la nausée.

La nausée, dit-elle. N’y ajoutons pas l’hypocrisie de ceux qui ne veulent pas voir.