Peillon gâche tout !

Spontanément, on a envie d’applaudir. Enseigner la « morale laïque » à l’école, comme le propose Vincent Peillon, notre ministre de l’Education nationale, est une excellent idée (et pas une idée « pétainiste », comme l’ont dénoncé, stupidement, des politiciens de droite).

A l’heure où un quotidien, Le Parisien, s’interroge en une : « Les enseignants peuvent-ils encore contredire les élèves ? » (1), on se dit qu’il serait temps, en effet, de rappeler aux élèves ce que sont le respect, l’autorité, le travail. Mais patatras, voilà que notre ministre, à qui on demandait si les élèves ne devraient pas, par exemple, se lever à l’arrivée de leur professeur, s’offusque :

Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral.

Il me semble pourtant que tout cela est lié. Mais je ne dois rien y comprendre.

Il nous faudra attendre le rapport de la « mission de réflexion » – une de plus – pour savoir ce qu’il en sera de cette « morale laïque ». D’ici là, on est en droit de s’inquiéter quand on entend notre ministre – sur un autre registre – prétendre qu’il est impératif de revoir le système de notation des élèves. Il voudrait, dit-il, mettre en place « une politique de l’évaluation qui soit plus positive » et « encourageante ». Et d’expliquer qu’un 8 sur 20 peut être ressenti par un enfant « comme une sanction »

J’ai relu, cet été, « Le premier homme », le roman inachevé d’Albert Camus.
Il contient un chapitre, largement autobiographique, sur Monsieur Germain, son instituteur. Et ces quelques lignes :

(…) leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu’il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l’histoire d’enfants qu’il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n’avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l’objet d’un choix ou d’une conviction, mais il n’en condamnait qu’avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l’indélicatesse, la malpropreté (…). 

C’était, il est vrai, il y a un bon millier d’années…

(1) La une du Parisien fait suite à l’agression de deux enseignants. L’un par un jeune élève d’origine marocaine qui n’a pas supporté que son prof d’histoire-géo rappelle la nature peu démocratique du régime de Mohamed VI. L’autre par une mère d’origine antillaise qui a frappé une autre prof d’histoire-géo qui avait eu le culot de rappeler à l’ordre son fils indiscipliné. Un rappel à l’ordre évidemment raciste, a-t-elle expliqué, avant de gifler un policier et de donner un coup de pied à un autre. Mais qu’on se rassure, Vincent Peillon va créer un « Observatoire de la violence scolaire »…