Gauche et droite siamoises

Tout cela est pitoyable. Je ne parle pas seulement de la manière dont a été désigné Harlem Désir comme futur premier secrétaire du Parti socialiste, mais du spectacle que nous offrent gauche et droite confondues.

Commençons par le nouveau patron de la rue Solférino.

Il aura donc été nommé à l’issue de conciliabules dans la plus pure tradition socialiste.

Produit d’un accord d’appareil, de marchandages interminables – il a même fallu repousser la date limite de dépôt des motions -, de combines de courant. Un « leader minimo » se moquent déjà certains. Qui, faut-il le rappeler, a été condamné en 1998, pour avoir bénéficié d’un emploi fictif alors qu’il dirigeait SOS Racisme. Vous me direz que son challenger, Jean-Christophe Cambadélis, a, lui, été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la MNEF, et, une autre fois, pour un emploi fictif – décidément ! – dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés.

Match nul donc. Les éléphants socialistes avaient à choisir entre deux « ex-repris de justice »… N’est-ce pas François Hollande qui s’était engagé pendant sa campagne à ne pas s’entourer de personnes condamnées par la justice ? Vous me direz qu’Harlem Désir ne siège pas au gouvernement : il ne sera que le patron du parti majoritaire…

A droite maintenant.

Question divisions, associations de circonstances, jeu à trois bandes, arrière-pensées en tout genre, difficile d’égaler les apparatchiks de l’UMP ! Copé et Fillon sont décidément du même tonneau que leurs camarades socialistes. Et leurs meilleurs alliés. L’absolue priorité, vous l’avez compris, est au recueil des signatures nécessaires pour se présenter au vote des militants.

Le reste, chômage qui ne cesse de grimper, prix qui s’envolent, insécurité qui perdure, désindustrialisation qui nous affaiblit, quelle importance ?

Ils ont mieux à faire : se déchirer pour les meilleurs places.

Les hallucinations de BHL

Vingt morts de plus le week-end dernier en Syrie. Tous les jours, la liste des victimes s’allonge. De part et d’autre. Combattants et civils. Le régime de Bachar Al-Assad est une horreur… qui ne date pas d’hier, certains devraient s’en souvenir. J’ai encore en tête de m’être trouvé bien seul quand, avec une poignée de militants de Reporters sans frontières, nous nous faisions arrêter sans ménagement sur les Champs Elysées. Nous étions le 14 juillet 2008 et le potentat syrien était l’invité de Nicolas Sarkozy pour le défilé de notre fête nationale…

Un dictateur, Bachar Al-Assad ? Il n’y a pas de doute et rien ne saurait justifier de le taire. Mais de là à dire n’importe quoi… Les journalistes Marc de Miramon et Antonin Amado le rappellent avec justesse dans la dernière livraison du Monde diplomatique. On y lit, par exemple, que le site de Bernard-Henri Lévy affirmait, dès septembre 2011, que « des tueurs d’Assad [ont] lancé dans la région d’Al Rastan, non loin de la ville rebelle de Homs, des opérations aériennes avec utilisation de gaz toxiques ». Rien que ça ! Mais sans aucune preuve, souligne l’Agence France-Presse. Qu’importe : la fin justifie les moyens. Comme les fameuses « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, inventées de toutes pièces par l’administration Bush, histoire de justifier l’invasion de l’Irak.

Autre grande figure de notre intelligentsia, l’inénarrable Caroline Fourest. Cette fois, c’est dans Le Monde qu’on peut lire sous sa plume : « D’après Al-Arabiya, des opposants au régime iranien affirment que leur gouvernement a fourni un four crématoire à son allié syrien. Installé dans la zone industrielle d’Alep, il tournerait à plein régime… Pour brûler les cadavres des opposants ? » Hitler est de retour ! Mais notre écrivaine se garde bien de préciser que la chaîne satellitaire, qui diffuse la « nouvelle », appartient à l’Arabie saoudite, comme chacun sait un modèle de probité en matière d’information et, surtout, le véritable « parrain » de l’opposition syrienne. On ne va quand même pas se compliquer la vie avec ce genre de détails…

Nos va-t-en-guerre sont décidément prêts à tout pour nous pousser à intervenir dans la guerre civile qui ravage la Syrie. Comme déjà en Libye, avec les conséquences que l’on sait… Des faucons à qui notre droite ferait bien de ne pas emboiter le pas. Tous les arguments ne sont pas bons pour critiquer la gauche. Cette fois, la prudence de François Hollande a du bon. Il faut savoir le reconnaître.

Des Ben Ali en burnous 

Triste Tunisie. S’il est un domaine où l’on peut juger le comportement d’un pouvoir, d’un nouveau pouvoir, c’est bien celui de la liberté d’expression. Nul besoin d’être prospère, de présenter une balance des paiements excédentaire, ni d’avoir réduit les déficits et le chômage pour accepter les critiques de ses adversaires, fussent-elles excessives, et même injustes. Cela ne coûte rien. Une affaire de volonté. De ce côté-là, la situation en Tunisie est inquiétante.

Radio et télévision publiques sont toujours la chasse gardée des autorités. On nomme à leur tête des copains, dans une opacité digne d’une république bananière. On ne supporte pas la moindre critique. Bref, on se comporte comme Ben Ali. Et quand une tête dérange, on ne prend pas de gants pour la faire taire. Ce qui arrive au directeur de la chaîne Attounissia TV en témoigne.

Sami Fehri, c’est son nom, vient d’être incarcéré pour une affaire de corruption. Officiellement du moins. Parce qu’il est aussi le patron d’une télé qui diffusait une émission satirique, une sorte de « Guignols de l’info » locale, contrainte de mettre la clé sous la porte à la suite de pressions « indirectes » du pouvoir, selon le syndicat des journalistes. Et oui, on n’a pas le droit de rire de tout et surtout pas des dirigeants dans la Tunisie des islamistes.

Sami Fehri n’est pas un saint : associé du frère de l’épouse de Ben Ali, ça aide dans les affaires… Mais cela ne justifie pas son emprisonnement à la va vite, au mépris des règles de droit, comme s’il s’agissait avant tout de le punir de son impertinence. Des pratiques bien connues des Tunisiens…

Reporters sans frontières a protesté. Mais les autres ? Les démocrates occidentaux, les habituels pétitionnaires, les droits-de-l’hommistes des Deux magots et du Flore, les marcheurs de République à Bastille, les défenseurs d’un islam modéré ? On ne les entend guère. Il ne faudrait pas écorner la légende de la « révolution du jasmin ». Hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt… et aujourd’hui ?

Scoop ou règlement de comptes ?

C’est la polémique de cette fin d’été : selon le Nouvel Observateur, « S’il [Matthieu Pigasse, numéro deux de la banque Lazard et actionnaire du Monde] n’a pas encore réussi à s’imposer comme conseiller à l’Elysée, le banquier de 44 ans a en revanche su se mettre dans les petits papiers d’Arnaud Montebourg, qui ne jure que par “cet homme intelligent et créatif”. Et pour cause. Il vient d’embaucher sa compagne Audrey Pulvar (…) à la tête des Inrockuptibles (…). Peu savent, en revanche, que, parallèlement, le banquier a obtenu… du même Arnaud Montebourg (et de Pierre Moscovici) un mandat de conseil pour la création de la future Banque publique d’investissement ».

Un vrai pavé dans la petite mare d’une gauche si souvent donneuse de leçons ! Et ni les démentis de Moscovici – il y a eu un appel d’offre – ni la prise de distance de Montebourg – qui regrette, opportunément, le choix de Lazard – ne viennent à bout du soupçon désormais distillé. Ils sont décidément tous pareils, peut-on lire un peu partout sur la Toile. Les renvois d’ascenseur sont toujours d’actualité. C’est copinage et compagnie.

Reste un mystère. Quelle mouche a piqué le Nouvel Obs pour s’en prendre ainsi à ses icônes ? La Pravda de la gauche caviar ne nous avait pas habitués à de telles audaces. Laurent Joffrin serait donc encore un journaliste à la recherche de scoops, fût-ce au détriment de ses amis ? On se met à rêver. On en oublierait presque les éditos à sens unique, la mauvaise foi, le mépris affiché, l’arrogance de caste. Mais, soudain, on se souvient des propos peu amènes de Matthieu Pigasse envers le Nouvel Obs : un journal de vieillards « somnolents, complaisants et connivents ». Ce même Pigasse qui a râvi Le Monde à la barbe du patron du Nouvel Obs dans des conditions qui ont laissé quelques cicatrices… Bref, on se met à subodorer que ce déballage de linge sale pourrait bien n’être qu’un règlement de comptes…

Déballage de linge sale… en famille. Comme le rappelle le journaliste Benjamin Dormann, le banquier Matthieu Pigasse est « membre de multiples réseaux » dont Terra Nova, le think-tank « qui servit de tremplin à la carrière personnelle d’Arnaud Montebourg, avec lequel ce dernier organisa – pour ne pas dire imposa – les primaires du PS. » Ce think tank « dont le groupe de travail Médias était alors co-présidé par une certaine Audrey Pulvar, aux côtés de Louis Dreyfus, [ancien directeur général de Libération et… du Nouvel Observateur, bras droit de Matthieu Pigasse qui l’a promu président du directoire du Monde] et constitué de 4 membres. Parmi eux, David Kessler (…) qui, après avoir exercé ses talents pour Lionel Jospin à Matignon, puis pour Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris, fut nommé par Matthieu Pigasse directeur général de l’hebdomadaire Les Inrockuptibles et directeur de la publication du site Huffington Post … avant enfin d’être nommé par François Hollande à l’Elysée au lendemain de son élection, en qualité de conseiller Médias du président. Il libéra à cette occasion son poste de direction générale des Inrockuptibles, remplacé par la présidente de son groupe de travail Médias de Terra Nova : Audrey Pulvar… »

Le monde est petit.

Audray Pulvar qui vient de jurer qu’ « il n’y a pas eu d’échange de bons procédés, ni de trafic d’influence entre mon compagnon et Mathieu Pigasse. »

Bien évidemment…

Se sentir chez soi

J’ai passé les vacances d’été, chez moi, à Puisserguier, un petit village à une douzaine de kilomètres de Béziers. On y vivait de la vigne. Je ne sais plus de quoi l’on y vit. Ce n’est plus vraiment un village. Il faudrait plutôt parler d’une zone péri-urbaine, comme disent les sociologues, en clair d’un territoire regroupant une population qui ressemble davantage à celle d’une banlieue qu’à ces hommes et ces femmes associés dans mon esprit à nos clochers de France. Les commerces du centre se meurent au profit de grandes et de moins grandes surfaces. Pas vraiment une cité dortoir. Déjà plus un bourg de campagne.

A Béziers, le centre ville est lui aussi en perdition. Les commerçants l’ont déserté. Les professions libérales ont migré vers des « zones franches », en périphérie, où ils sont exonérés de taxes. L’habitat est délabré, squatté par des marchands de sommeil. Les paraboles punaisent les façades d’immeubles occupés par des pauvres, des maghrébins, des gitans. Les bourgeois ont fui. Les Biterrois ne reconnaissent plus leur ville.

Et pourtant que cette cité est belle. Que son histoire est riche, de l’épopée cathare aux révoltes viticoles du début du XXe siècle. Elle n’est pas une belle endormie. Elle a été comme vidée d’elle-même. Un trou noir où viennent se réfugier bénéficiaires des minimums sociaux en quête de logements bon marché, immigrés toujours plus nombreux, plus visibles.

De droite comme de gauche, les personnes que je rencontre ne me parlent que de ça. Elles se vivent en insécurité, étrangères à leur propre ville. Ni racistes ni xénophobes. Elles veulent juste se sentir chez elles, voir les nouveaux venus se plier à ces règles de civilité qu’a inventées le Pays d’Oc. Un pays de tout temps ouvert au monde, ouvert aux autres.

Leur colère n’est pas tant dirigée contre cet Islam qu’elles sentent, qu’elles craignent conquérant – au fond, pourquoi reprocher aux mosquées de prospérer quand nous désertons nos églises ? – mais vers ces politiques qui, des deux bords, font comme si de rien n’était, jouent sur les mots, fuient leurs responsabilités. Au fond, elles ne veulent qu’une chose : qu’on se soucie d’elles. Quant aux nouveaux arrivants, venus pour la plupart de l’autre rive de la Méditerranée, une fois installés, insérés tant bien que mal, ils revendiquent la même attention. Et refusent, à leur tour, qu’on ouvre nos portes – et les leurs – à tout vent. Les entendra-t-on ?

PS/ A la lecture de plusieurs commentaires faisant suite à mon billet « En défense de Richard Millet », je me dois de préciser que qualifier Tahar Ben Jelloun « d’irréprochable » se voulait ironique…

En défense de Richard Millet

J’ai lu « Eloge littéraire d’Anders Breivik » qui vaut à Richard Millet un véritable procès en sorcellerie. Et je dois vous avouer mon étonnement : je n’y ai rien trouvé de ce qui semble consterner – le mot est faible – journalistes, éditorialistes et écrivains… dans un bel et, à mes yeux, toujours suspect unanimisme. Car, contrairement à ce que laissent entendre nos pourfendeurs de « mauvaises pensées », il ne s’agit en aucune manière de justifier les 77 morts du 22 juillet 2011 à Oslo et sur la petite île d’Utoya – Richard Millet dit, à trois reprises sur dix-huit pages, qu’il n’approuve pas cette tuerie – mais de s’interroger sur ce qui peut conduire à un tel geste. Et cette interrogation est, non seulement légitime, mais d’une impérieuse nécessité.

Que dit Richard Millet ?

Qu’Anders Breivik est « exemplaire d’une population devant qui la constante dévalorisation de l’idée de nation, l’opprobre jeté sur l’amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire ». Que « ses actes [sont] au mieux une manifestation dérisoire de l’instinct de survie civilisationnel ». Qu’il s’agit d’ « un acte politique qu’on tente de réduire à un accès de schizophrénie meurtrière ».

Breivik, poursuit-il, est

le signe désespéré, et désespérant, de la sous-estimation par l’Europe des ravages du multiculturalisme.

Et de conclure par ces mots – peut-être maladroits – qui lui valent d’être cloué au pilori :

Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s’aveugler pour mieux se renier.

Au risque d’aggraver encore le cas de Millet, je dirai qu’il développe l’idée émise par Jean-Marie Le Pen aux lendemains du massacre, quand le président d’honneur du Front national montrait du doigt la « naïveté » du gouvernement norvégien qui « n’a pas pris la mesure du danger mondial que représente (…) l’immigration massive. ». On se souvient de la levée de boucliers qui avait accueilli ses propos ! Vilipendé y compris par les siens.

Rien dans ces hypothèses ne me semble choquant, inacceptable, condamnable. Reste la seule question qui vaille à mes yeux : y a-t-il des circonstances, des moments où certaines questions sont inaudibles ? Je crains que oui.

Richard Millet en fait l’expérience (il cite d’ailleurs Renaud Camus, victime du même genre de procès et dont il pourrait partager la mise à l’index). On est libre, bien sûr, de récuser le diagnostic, de contester l’analyse, de s’offusquer des idées développées. Mais de là, comme certains – je pense à l’irréprochable Tahar Ben Jelloun –, à demander sa tête, à exiger qu’on le bannisse, à préconiser qu’on l’exclue du comité de lecture de Gallimard…

Triste pays qui, pour reprendre les mots de Richard Millet « ne cesse de s’aveugler pour mieux se renier ».

On peut se procurer ici : Langue fantôme : Essai sur la paupérisation de la littérature suivi de Eloge littéraire d’Anders Breivik

On lira aussi de Richard Millet : De l’antiracisme comme terreur littéraire

RTL et la bête immonde

Ainsi donc, je serais d’extrême droite. Je viens de l’apprendre en lisant un article de la bible de la bien-pensance, je veux parler bien sûr du magazine « culturel » Télérama, dans lequel le PDG de RTL, Christopher Baldelli, déclare :

RTL, complaisante avec l’extrême droite ? J’ai viré Robert Ménard bien avant qu’i>TELE ne s’y résolve.

Il en a mis du temps Monsieur Baldelli pour découvrir ma prétendue appartenance à cette mouvance qu’il s’emploie, on l’a compris, à combattre. Il m’a pourtant invité sur son antenne pendant presque deux ans dans l’émission animée par Christophe Hondelatte, « On refait le monde ». Il n’avait pas alors d’états d’âme, me confiant même, en sus, le portrait, chaque samedi, de « L’incontournable » de la semaine. Je me souviens encore de ses félicitations quand, dans le grand studio de la station, il m’a remis le trophée de la « langue de vipère » de l’année, attribuée par les auditeurs. Il ne devait pas avoir eu le temps de m’écouter sur ses propres ondes… Ou alors s’était-il résigné – la mort dans l’âme, j’imagine – à me supporter, l’audimat étant au rendez-vous et le standard de RTL acquis à mes propos et à ceux que la bonne presse baptisait déjà « les nouveaux réacs » ?

Mais, me répondra-t-on, vous n’aviez pas encore écrit, avec Emmanuelle Duverger, votre pamphlet Vive Le Pen !

C’est vrai. Là encore, homme de radio fort occupé, Monsieur Baldelli ne doit pas avoir le loisir d’ouvrir un livre et, encore moins, de le parcourir, même si, en l’occurrence, il se réduit à une trentaine de pages. Dommage, il aurait pu lire, dès la première page, cette phrase qui l’aurait rassuré : « Il ne s’agit pas de défendre ici Le Pen, père ou fille, mais de dénoncer cette traque de tout ce qui est supposé exprimer sympathie ou même vague intérêt pour des idées, des analyses qu’il est si aisé de proscrire d’un retentissant “facho”. »

Allez, j’arrête. Quand on veut se débarrasser de son chien, on l’accuse de la rage. Que monsieur Baldelli n’aime pas ce que je pense, c’est son droit le plus strict. Qu’il invente des arguments, c’est déjà plus problématique. Mais qu’il fasse fuir ses auditeurs, c’est plus embêtant (et inquiétant pour ses actionnaires) : RTL ne vient-elle pas de perdre sa première place au profit de NRJ ?

Et que propose Monsieur Baldelli pour retrouver son leadership ? De supprimer, entre autres, la fameuse « langue de vipère ». On ne demandera donc plus son avis au public. Il faut dire que ce dernier est bien mal inspiré qui plébiscite inlassablement ces « fachos » que pourchasse notre cher PDG.

Monsieur Baldelli pourrait paraphraser Bertolt Brecht :

Puisque le peuple vote contre RTL, il faut dissoudre le peuple.

Des Roms ? Pardon, des Roumains.

Ainsi donc, pour régler le problème rom – et oui, il y a un problème rom, n’en déplaise à nos Tartuffe – il suffirait d’ouvrir le marché du travail aux ressortissants roumains et bulgares, puisque c’est ainsi qu’il est convenu de nommer les Roms au pays des faux-culs.

Aujourd’hui en effet – et jusqu’à la fin 2013 – ils ne sont autorisés à n’exercer que 150 métiers dits « en tension », après la délivrance d’un permis de travail et le versement par leur employeur d’une taxe à l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Le gouvernement vient de promettre d’assouplir ces conditions d’embauche.

Qui peut affirmer, sans pouffer de rire, qu’un tel assouplissement règlera le problème ? Qui peut faire preuve d’une telle naïveté ? Qui peut croire que les Roms vont chercher et encore moins trouver du travail quand on recense presque trois millions de chômeurs en France ?

Qui peut prendre au sérieux un collectif d’associations comme Romeurope quand il explique qu’il n’y a aucune raison d’aborder la question des Roms différemment de celle des Italiens ou des Allemands résidants dans notre pays ? Qui peut se laisser berner par ce genre de propos qui nient jusqu’à l’évidence même ?

Vous me direz que les mêmes zigotos nous expliquent, sans sourciller, que la délinquance rom n’existe pas, non plus que l’exploitation des enfants et des femmes roms en vue de les contraindre à mendier, à voler ou à se prostituer. Pourtant les chiffres sont là, têtus, accablants. Selon Le Parisien, le nombre de « Roumains » appréhendés a augmenté de… 69% entre 2009 et 2011 ! L’année dernière, un étranger sur dix mis en cause était « roumain ». Et s’il s’agit essentiellement, pour l’instant, d’affaires de cambriolages, d’escroqueries ou de vols à l’étalage, les responsables de la police craignent que cette délinquance « explose, se diversifie et devienne violente à l’égard des forces de l’ordre. »

Continuons à repeindre en rose le réel. Comme si parler de « voleurs de poules » n’était qu’un cliché éculé. Comme s’il ne s’agissait pas d’une société clanique (Rom ne signifie-t-il pas « homme accompli et marié au sein de la communauté » ?). Comme si l’on pouvait toujours tout ramener à des questions de pauvreté. Comme si les plus talentueux propagandistes de la culture tzigane – je pense au merveilleux poète et homme de cirque Alexandre Romanès – n’avaient pas dit l’essentiel à leur sujet. Sans pathos, sans faux-semblants, sans cette hypocrisie qui tient lieu si souvent de ligne de conduite à nos dirigeants.

Encore une remarque : et si la France cessait de battre sa coulpe sous la pression des prêchi-prêcheurs de service et se retournait vers les gouvernements roumains et bulgares ? Je me garderai d’imputer à ces derniers l’entière responsabilité de la situation, mais quand même…

Modéré ou épuré ?

L’autre jour, je reçois d’un ami un lien me renvoyant sur une information titrée « Meurtre “rituel” à Versailles ». Sur le site en question, « J’étais franc-maçon », je peux lire sous la plume de Maurice Caillet le petit texte suivant :

Le 27 juillet, un musulman de 29 ans a tué son épouse en présence de ses quatre enfants au motif qu’elle aurait été violée! (source : Le Point).


Où sont les réactions des musulmans « modérés » et des francs-maçons « défenseurs » de la République ? Assistons-nous à un nouveau Munich face à la montée de l’Islam radical ?.

Je dois vous avouer que mon premier réflexe a été de penser qu’il s’agissait d’une énième rumeur, d’un faux propagé par quelques allumés islamophobes. Mais non, le texte est bel et bien paru sur le site du Point. Le fait divers y est raconté par le menu, à ceci près que jamais les origines ethniques de cet homme résidant à Mantes-la-Jolie ne sont mentionnées. Pour le reste, le récit du journaliste corrobore les informations de notre ex-franc-maçon :

La femme aurait révélé à son époux qu’elle avait été violée. Ne supportant pas cet aveu, l’homme aurait alors roué de coups son épouse à l’aide d’une ceinture, avant de l’achever en lui défonçant le crâne. Le tout sous les yeux des quatre enfants.

Bref, l’horreur ! Même si l’expression meurtre « rituel » ne me semble pas appropriée.

Qu’une fois de plus, on se garde bien de préciser que la famille en question n’est sûrement pas d’origine suédoise ne n’a pas étonné tant je connais les arguments de mes confrères, paniqués à l’idée de nourrir, comme ils disent, ou d’être accusés « d’alimenter », comme ils le craignent, la xénophobie et le racisme. Du coup, on se débrouille pour dire sans vraiment dire, au prix de mensonges par omission, de petits manquements à la vérité… Au risque, surtout, de donner le sentiment de prendre les lecteurs pour des imbéciles… Mais qu’importe puisqu’il s’agit d’être du côté des gens « biens ».

Troublé par la monstruosité de ce meurtre, je me mets à lire les commentaires suscités par cette affaire, toujours sur le site du Point. Et qu’est-ce que je constate : apparemment, pas un des internautes, pas un seul sur la trentaine de ceux qui ont rédigé un post, ne se serait interrogé sur le milieu social, culturel, religieux dans lequel s’est déroulé ce drame !

Juste une vague allusion aux « crimes d’honneur » et aux « musulmans » mais… « lors de la séparation de l’Inde et du Pakistan ».

Qui peut croire à un tel silence, une telle absence de curiosité ?
Personne, évidemment.
Les commentaires n’ont pas été « modérés » comme on dit. Ils ont été caviardés, épurés, censurés.

Au fait, notre homme était recherché pour purger une peine de prison.

Contre le mariage gay 

Dieu merci, le Parti radical de gauche ne pèse pas lourd sur la scène politique. On avait déjà entendu Jean-Michel Baylet, son chef de file, faire l’apologie de la légalisation du haschich au moment des primaires socialistes ; cette fois, nos radicaux s’en prennent à l’Eglise. Alors que le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, a invité tous les fidèles à prier pour que « les enfants et les jeunes (…) puissent bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère », le secrétaire national à la laïcité du PRG est monté sur ses grands chevaux, vitupérant « l’Eglise [qui] n’a aucune légitimité démocratique pour s’immiscer dans le débat politique en France ».

Soyons sérieux ! Bien sûr que l’Eglise est dans son rôle. Il serait même confondant qu’elle ne dise pas son opposition au mariage homosexuel et à l’adoption par des couples du même sexe. Et, contrairement à ce que disent les représentants auto-proclamés du lobby gay, cette prière n’est pas « un terreau pour la discrimination et pour l’homophobie ». On a le droit, ne leur en déplaise, d’être opposé au mariage gay sans pour autant être homophobe. On peut combattre les discriminations dont sont encore victimes trop d’homosexuels sans approuver ce nouveau pas dans la destruction méthodique de la famille.

Contrairement à ce qu’on nous sermonne, ce n’est pas là un combat « d’arrière-garde ». Ce n’est pas parce que d’autres pays occidentaux ont légalisé mariage et adoption homosexuels, que nous devons le faire à notre tour. La Suède ou les Pays-Bas seraient donc les temples de la modernité, les exemples à suivre ? Etonnante argumentation déjà servie dans d’autres dossiers ! Un des derniers en date étant justement la légalisation des drogues dites « douces », chère au Président des Radicaux de gauche…

Autre argument des pro-mariage gay : moins de la moitié des couples français sont « légaux » (44% seulement sont mariés et 2% pacsés, selon Le Monde). Il n’y aurait donc plus de « modèle unique ». Et alors ? Quel rapport avec le fait de vouloir en finir avec un modèle de lignage, de filiation qui structure nos sociétés depuis toujours ? Le mariage n’est pas, que je sache, la simple légalisation d’un rapport affectif.

Reste la dernière banderille plantée dans le dos de l’Eglise : « En quoi deux hommes ou deux femmes seraient moins capables qu’un homme et une femme d’éduquer des enfants ? » Là, j’ai le vague sentiment qu’on me prend pour un imbécile. Comme s’il s’agissait de cela ! Comme s’il s’agissait de capacité individuelle à éduquer ! Non, il est question de l’impérieuse nécessité pour un enfant de disposer d’un père et d’une mère, comme il est, que je sache, toujours besoin d’un homme et d’une femme pour faire un enfant. Mais que pèse l’intérêt d’un enfant face à la tyrannie du droit des adultes à assouvir leurs désirs, tous leurs désirs ?

Au fond, on est pour le mariage et l’adoption homos parce que c’est dans l’air du temps, parce qu’on ne veut pas être taxé de ringard, parce que c’est mainstream. Quand j’étais jeune, on disait qu’il fallait « être dans le vent ». Comme une feuille morte.