Lettre ouverte à mes amis du Front national

Il est temps de parler clairement. Et de n’épargner personne. À commencer par soi-même.

Ces derniers mois ont été un cauchemar pour notre courant de pensée. Un cauchemar qui a commencé avec la défaite des régionales. Jamais actée réellement. Qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Marion Maréchal Le Pen, la défaite a été la même. À quelques points près. FN du Nord ou FN du Sud, ligne souverainiste ou ligne identitaire, les électeurs, que cela nous plaise ou non, n’ont pas voulu que « nous » dirigions une des grandes régions de notre pays. S’en est suivie la campagne présidentielle. Sans s’appesantir sur le débat de l’entre deux tours – dont nous sommes sortis comme honteux -, faut-il rappeler que le score du deuxième tour ressemblait fort à ce que beaucoup d’entre nous pronostiquaient pour le premier… Les mois précédant le 23 avril ayant vu Marine Le Pen dégringoler dans les sondages avec une régularité de métronome.

Le résultat des élections aurait-il été diérent si le FN avait opté pour une ligne plus « buissonière » ? À quelques pourcentages près, je veux l’espérer. Au point de changer radicalement la donne, au fond de moi, je ne le pense pas. S’il faut renoncer à la sortie de l’euro – une idée pas seulement anxiogène mais mortifère pour notre économie -, s’il faut abandonner la défroque gauchisante qui voit Marine Le Pen plaider à la manière d’un cégétiste sur les questions sociales – durée du travail, retraite, code du travail… -, cela ne saurait suîre pour porter nos idées au pouvoir. C’est tout un programme qu’il nous faut réécrire. Qui ne soit pas un catalogue de La Redoute. Qui renonce à ce vocabulaire de « guerre civile » qui est trop souvent le nôtre.

Dans le cadre de nos institutions, on ne peut accéder aux manettes de l’Etat sans alliances. Or, même si le FN changeait sur les deux questions que je viens d’énoncer, je ne crois pas que cela suîse – comme je l’ai longtemps pensé – à briser l’étau qui nous enserre. Peut-on imaginer qu’en changeant de nom ou en procédant à quelques changements cosmétiques dans son programme ou son organisation interne, le FN sera plus fréquentable pour le reste de la droite ? On peut toujours se rassurer en l’aîrmant. Je n’en crois rien. L’impossibilité actuelle de former un groupe à l’Assemblée nationale témoigne – s’il en était besoin – de l’eîcacité du cordon sanitaire qui nous entoure. Quant à Marion Maréchal Le Pen, elle s’est mise d’elle-même hors course, nous lâchant au pire des moments…

Le problème – personne, dans les rangs du FN, n’ose le dire à haute voix mais beaucoup le répètent en catimini –, c’est qu’après le débat calamiteux, tant sur la forme que sur le fond, qui hante encore nos discussions, on est en droit de s’interroger : si Marine Le Pen a su sortir le FN de l’attitude uniquement protestataire où le cantonnait son père, est-elle aujourd’hui en position de le porter au pouvoir ? Cette question, aujourd’hui, ne peut, ne doit plus être un tabou. Les pas de danse esquissés le soir de la défaite alors que des millions de Français portaient le deuil d’un score humiliant resteront pour longtemps dans ma mémoire…

Alors que faire ? Commencer par en ïnir avec cette vieille chimère d’une alliance possible avec les « souverainistes de gauche ». Une ligne incarnée aujourd’hui par Florian Philippot, manifestement plus soucieux de son avenir que de celui de son parti… Rappelons-le, tout nous oppose à Jean-Luc Mélenchon, qu’il s’agisse de l’immigration, de la lutte contre l’islamisme ou de la défense de la famille.

Et si nous inventions autre chose ? Si nous prenions exemple sur Macron tout en n’oubliant pas qu’il avait tout le « système » avec lui quand nous l’avons contre nous ? Si nous jetions par dessus bord nos dirigeants, nos idéologues, nos stratèges en chambre ? En s’appuyant sur une jeune génération de militants aguerris dans les rangs de la Manif pour tous, sans tomber dans un discours « catho naphtaline ». En s’inspirant du travail de ces élus locaux – souvent « divers droite » – qui se coltinent le réel et que le nouveau pouvoir veut marginaliser au proït de politiciens toujours plus éloignés de nos concitoyens.

Mais surtout, il nous faut forcer la porte de la droite « classique ». Ne pas mettre tous les responsables des Républicains dans le même panier. À titre personnel, je me sens plus proche d’un Thierry Mariani, d’un Eric Ciotti, d’un Jacques Myard, d’un Lionnel Luca ou d’un Jean-Paul Garraud – et la liste est loin d’être exhaustive – que de certains frontistes nostalgiques d’un temps ou coutumiers d’une rhétorique qui me hérissent le poil. Il ne fallait pas présenter de candidats contre eux. Ce fut une erreur. À un moment donné, il faut bien que quelqu’un fasse le premier pas.

Une bonne nouvelle au milieu de ce champ de ruines. Et que nous devons à Emmanuel Macron. Plus besoin d’avoir vingt-cinq ans de militantisme derrière soi, d’être lardé de coups de couteaux de ses ennemis comme de ceux qu’on croit ses amis, de s’être épuisé en combat de coulisses, en motions ou en acrobaties d’appareil pour l’emporter. Nous ne savons peut-être rien de celui ou de celle qui pourrait, dans cinq ans, porter nos couleurs. Et c’est tant mieux.

16 réflexions au sujet de « Lettre ouverte à mes amis du Front national »

  1. Effectivement, si le FN veut prendre le pouvoir, il a à mener une réflexion de fond stratégique. Et je crois aussi que les questions de proximité sont les plus importantes (l’équité, la justice, l’ordre), et permettent d’aborder les questions plus lointaines (l’euro, l’europe, les frontières) comme des conséquences. Par exemple, un traitement juste et équitable des aides sociales est résoudre une grande part de la question de l’immigration.
    Cela dit, la marque « Le Pen » vaut encore quelque chose, et malgré tout, malgré ses ratés, il se trouve chez elles quelques qualités assez difficiles à trouver, même dans la Manif pour tous, qui est au reste en butte au même cordon sanitaire que celui qui anathémise le FN.
    Enfin, il ne faudrait pas trop faire d’irénisme en imaginant que jeunesse peut tout : Macron est quand même servi par une audace étonnante, par l’utilisation de techniques de communication affutées, et surtout par des réseaux financiers et médiatiques puissants, ainsi que par l’absence de tout scrupule éthique (Prince du Mensonge est un surnom qui lui conviendrait mieux que Jupiter).
    Mais vraiment, cette question est passionnante : la France est à droite, mais la droite perd toutes les élections. Comment inverser la tendance, et rendre à la droite des valeurs de droite. Vaste problème, dirait le grand Charles !…

    1. Je pensais aussi jusqu’à récemment la France à droite.
      Mais élections après élections la droite perd. Des sondages régulièrement indiquent qu’une majorité de Français veulent l’arrêt de l’immigration, et ce sont toujours des immigrationnistes qui sont au pouvoir.
      Conséquences déjà perceptibles du remplacement de population ?
      Schizophrénie électorale ?
      Un seul exemple: Saint Etienne du Rouvray a voté Macron après avoir voté Mélenchon et a envoyé à l’assemblée son maire communiste, Hubert Wulfranc. La géographie des attentats islamistes n’a en rien modifié la géographie politique.
      Les grandes villes gangrenées par l’immigration ont donné des scores soviétiques à Macron.
      Alors la France à droite m’apparait de plus en plus comme un phantasme qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.
      Les Français majoritairement consomment, sont connectés et partent en vacances.
      Visiblement ça leur suffit, Macron est le président qu’il leur faut.

    2. Dommage que Marine refuse obstinément de s’allier avec d’autres qui lui ressemblent, seul Dupont Aignan a franchi le rubicon, mais combien sont méprisés !

  2. Mouais. Tout cela a l’air très confus.
    D’abord l’euro nous tue. Garder cette « monnaie » mortifère qui n’est qu’un instrument de domination au service des boches est absurde.
    Ensuite, les « catho naphtalines » ont voté Macron à 99% après avoir manifesté. Quelle bande de cons…
    Enfin, je ne suis pas sûr que la France soit de « droite ». Macron, le machin marketé par l’euro-mondialisme pour fossoyer la France, a été élu à 66%.
    Bien cordialement

    1. Macron a eu le culot de changer l’enseigne du PS comme celle d’une grande surface. Pourquoi ne pas faire la même chose, marchons et osons.

  3. Je pense que le FN ne doit pas changer de programme il doit juste utiliser les mêmes techniques de communication que Macron.
    VIVE LE FN ET VIVE LA FRANCE.

  4. J’adhère à cette analyse et puisque je dois donner mon avis, je dirai en tout 1er lieu que le FN doit impérativement pratiquer et afficher en son sein, une démocratie plus palpable.
    Ensuite je dirai que Marine, si tant est qu’elle doive rester à la tête du FN, ce qui me paraît fort discutable, doit suivre des cours de communication comme le font la plupart des hommes publics. Elle affiche en permanence un sourire crispé, souvent narquois lorsqu’elle débat et ceci est mal reçu. L’aspect pour un homme ou une femme politique est très important et Marine doit changer ses postures.
    Elle doit, elle ou celui qui serait désigné pour prendre la tête du parti, travailler plus profondément et de façon plus convaincante, un certain nombre de sujets notamment celui de l’économie en général.
    Elle ou il devra cesser de prendre le parti des « chiens écrasés » c’est-à-dire de commenter tous et n’importe quel fait divers pour critiquer ou s’opposer systématiquement aux déclarations ou postures des autres partis (on peut être dans l’opposition et approuver certaines décisions prises par le pouvoir majoritaire; ça grandit et crédibilise l’ opposant).

    Enfin, je dirai qu’en politique il faut savoir faire des promesses ou taire certaines idées.

  5. Macron a été élu par 66% de45% des Français! Ce qui n’a rien de glorieux!Quand à l’ analyse politique de la situation je ne suis pas assez au fait de ces questions pour épiloguer sur ce sujet! Mais je trouve que Robert Ménard le fait très bien!

  6. Marier l’identitaire et le souverainisme est sans doute le passage obligé de la réconciliation entre tous ceux pour qui la France est un creuset et non un camaïeu de cultures. C’est ce creuset unique qui dans l’histoire a permis tant d’innovations.
    Économiquement l’euro sombrera de lui-même et notre réflexion devrait se porter sur deux sujets essentiels non travaillés : la confusion entre production et richesse et l’origine énergétique de la monnaie.
    Éducativement il nous faut retrouver l’harmonie entre l’instruction actuellement survalorisée par rapport au discernement normalement confié à la famille et à l’expérience qui a quasiment disparu de l’éducation depuis un demi siècle et que l’armée pourrait prendre en charge.
    C’est l’organisation de notre propre réflexion collective qui n’est pas claire.

  7. J’ai toujours pensé que l’objectif du FN était moins de prendre le pouvoir que de conserver un fond de commerce qui permette à ses dirigeants de se la couler douce. Aucun d’entre eux, à commencer par MLP et Philippot ne sont de toute façon au niveau.

  8. Robert Ménard peut-il m’expliquer ce qu’est « être de droite » ?
    A force de croire que les français sont majoritairement  » de droite », le résultat est que c’est souvent un candidat « de gauche ou du centre (?) » qui gagne.
    Quand je regarde autour de moi, je vois bien qu’il y a démission sur les valeurs « classiques », qu’il n’y a souvent que de la religion de surface quand il y en a encore, et que du moment qu’on a à bouffer et la paix, le combat politique au service des autres pour aujourd’hui et demain: rien à foutre.
    Donc on est mal barré !

  9. Après avoir voté FN pendant 20 ans, je ne voterais plus pour celle qui nous a TRAHI. C’est à dire sa présidente, je ne veux plus jamais en entendre parler!!!

  10. le FN ne veut toujours pas gouverner, d’ou le « suicide » en direct de marine face a macron! le FN se complaît dans l’opposition! moi je me sens désormais plus proche de n. DUPONT AIGANT!

  11. Macron sera bon pour l’économie.
    Meilleur que cette blonde écervelée.
    Le problème de l’immigration est réel. Mais les français ne réagissent qu’en terme de marché, de pouvoir d’achat. Selon leur position.

  12. M. MENARD,

    Je me limiterai à quelques remarques :

    1-Votre lettre est pleine de bon sens et les réactions énervées des dirigeants frontistes montrent surtout leur embarras. Le principe de Peter a frappé Marine Le Pen plus durement que Macron pendant le débat télévisé. De plus, fêter sa cuisante défaite en se tortillant dans la pénombre comme une jeune fille a mis en lumière son infinie puérilité.

    2- A mon avis, il n’y a pas de problème « Marine » ; il y a plus certainement un problème « Le Pen ». Marine est la dernière du clan à être encore vivante politiquement et n’a pas encore compris que son pire ennemi n’est pas Ménard mais Philippot.

    3- Vous rêviez et vous rêvez encore d’une union des droites avec comme chef de file Marine. Pourtant, Zemmour nous a dit et répété que cette femme est de gauche. Elle a enfilé le costume que lui tendait Philippot et ce n’était pas celui de De Gaulle mais celui de Chevènement et il est encore trop grand.

    4- La droite dite « classique » est elle -même un champ de ruines et vous croyez une alliance possible avec le FN. J’avoue ne pas comprendre votre raisonnement du moins en l’état actuel de la situation politique.

    5- Plus généralement, faut-il attendre des partis politiques et de ceux qui les dirigent qu’ils nous apportent le programme de sauvetage de la nation ? Personnellement, je ne le crois pas. Il va sans doute falloir que le bon peuple se débrouille tout seul car les dirigeants cherchent surtout à se sauver eux-mêmes. Pour l’instant, ils restent encore là ; le jour où on les verra s’enfuir à l’étranger, on aura une indication sur la gravité de la situation.

    6- « Et si nous inventions autre chose ? « :Vous pourriez peut-être remettre au goût du jour les cahiers de doléances. Après tout, on a volé aux Français l’élection présidentielle, on ne les consulte plus par référendum depuis plus 10 ans et Macron envisage de réglementer le droit de pétition (quand on se rappelle ce qui fut fait des 700 000 signatures de LMPT).

    Bien à vous,

  13. Monsieur Ménard,

    C’est avec un grand plaisir que je lis votre lettre. Enfin un peu d’espoir dans ce que je pourrais appeler, une bouillie politique. Depuis environ 1983, les socialistes se sont décomposés par adhésion , sans conviction, au libéralisme. Ce fût juste le moyen pour Mitterrand de tenter de conserver le pouvoir. Depuis , la droite n’a de cesse que de se rapprocher de la gauche et … vis et versa. Ce qui nous a concocté une bouillie centriste et deux extrêmes peu convaincants. Macron a eu cette faculté de tout faire exploser et on peut espérer que, malgré lui, il contribue à initier une réflexion, dont vous venez de tracer les grandes lignes, et recréer un clivage gauche-droite qui me parait bien plus sain que l’uniformité politique dans laquelle nous vivons aujourd’hui. J’avais participé aux journées de Beziers qui avaient donné grand espoir à bon nombre de gens mais nous étions restés sur notre faim. J’attends aujourd’hui que cette initiative soit suivie d’une organisation concrète et , surtout, qu’elle aille jusqu’au bout.
    Bien amicalement

    Xavier JESU

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