Géorgie : une démocratie Potemkine

Je rentre de Géorgie. Vous savez, le pays de la « Révolution des Roses », dirigé par un jeune politicien, Mikhaïl Saakachvili, véritable coqueluche des chancelleries et des médias occidentaux qui, en 1983, débarrassa son pays du régime sclérosé, pesant, et fort corrompu d’Edouard Chevardnadzé.

Micha, comme l’appellent familièrement ses compatriotes, est toujours éloquent, séduisant même.

Mais il a bien changé.

Aujourd’hui, règne à Tbilissi une atmosphère pesante. Le tribun a pris des accents autoritaires. Les opposants se sentent surveillés. Les médias qui le critiquent sont l’objet de mille tracasseries. Une dérive autocratique que les acquis de la révolution – éradication de la petite corruption des policiers, « maisons de la justice » qui facilitent toutes les démarches administratives… – et les nombreux immeubles de métal et de verre qui sortent de terre – et enlaidissent la capitale – ne peuvent masquer.

Pourtant, tout est là pour faire dire à des observateurs trop pressés que la démocratie s’est installée dans cette vieille nation du Caucase. Mais une démocratie Potemkine. Comme ces façades en carton-pâte que le ministre russe du même nom avait fait ériger pour masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II Crimée en 1787. On donne des gages aux Occidentaux tout en modifiant la Constitution afin de donner plus de pouvoir au Premier ministre. Car, à la manière d’un Poutine qu’on ne cesse pourtant de traiter de tous les noms d’oiseaux, on pourrait s’en inspirer et être tenté, après deux mandats de chef d’Etat et dans l’impossibilité légale d’en briguer un troisième, de s’octroyer le poste… On affiche son attachement à la liberté de la presse tout en plaçant sous séquestre des dizaines de milliers d’antennes paraboliques afin d’empêcher la diffusion de TV 9, la nouvelle chaîne d’information qui a surtout le tort d’appartenir à la femme de son principal opposant… Malin, Micha se souvient peut-être du rôle essentiel de la télévision Rustavi 2 lors de sa prise de pouvoir… et, du coup, multiplie les entraves à la liberté d’expression pour que le même scénario ne se reproduise pas mais au profit, cette fois, de ses concurrents.

Exagéré, de mauvaise foi, répondront les zélateurs du régime, élite qui confond allègrement modernité et démocratie. Dans les rues de Telavi, une petite ville à une centaine de kilomètres de Tbilissi, j’ai eu la curiosité de contourner les beaux immeubles qui bordent la place centrale. Seules les façades ont été repeintes, aux frais de l’Etat. L’arrière des bâtiments est délabré, à l’abandon.

Mikhaïl Saakachvili ressemble fort à un Potemkine à la mode géorgienne.

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