Des Ben Ali en burnous 

Triste Tunisie. S’il est un domaine où l’on peut juger le comportement d’un pouvoir, d’un nouveau pouvoir, c’est bien celui de la liberté d’expression. Nul besoin d’être prospère, de présenter une balance des paiements excédentaire, ni d’avoir réduit les déficits et le chômage pour accepter les critiques de ses adversaires, fussent-elles excessives, et même injustes. Cela ne coûte rien. Une affaire de volonté. De ce côté-là, la situation en Tunisie est inquiétante.

Radio et télévision publiques sont toujours la chasse gardée des autorités. On nomme à leur tête des copains, dans une opacité digne d’une république bananière. On ne supporte pas la moindre critique. Bref, on se comporte comme Ben Ali. Et quand une tête dérange, on ne prend pas de gants pour la faire taire. Ce qui arrive au directeur de la chaîne Attounissia TV en témoigne.

Sami Fehri, c’est son nom, vient d’être incarcéré pour une affaire de corruption. Officiellement du moins. Parce qu’il est aussi le patron d’une télé qui diffusait une émission satirique, une sorte de « Guignols de l’info » locale, contrainte de mettre la clé sous la porte à la suite de pressions « indirectes » du pouvoir, selon le syndicat des journalistes. Et oui, on n’a pas le droit de rire de tout et surtout pas des dirigeants dans la Tunisie des islamistes.

Sami Fehri n’est pas un saint : associé du frère de l’épouse de Ben Ali, ça aide dans les affaires… Mais cela ne justifie pas son emprisonnement à la va vite, au mépris des règles de droit, comme s’il s’agissait avant tout de le punir de son impertinence. Des pratiques bien connues des Tunisiens…

Reporters sans frontières a protesté. Mais les autres ? Les démocrates occidentaux, les habituels pétitionnaires, les droits-de-l’hommistes des Deux magots et du Flore, les marcheurs de République à Bastille, les défenseurs d’un islam modéré ? On ne les entend guère. Il ne faudrait pas écorner la légende de la « révolution du jasmin ». Hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt… et aujourd’hui ?

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