Electeurs du FN

brigitte-bardot

Ainsi donc, les électeurs du Front national seraient de pauvres êtres, souffrants, dépassés par la crise, recroquevillés sur leur petit univers, en un mot : perdus. Et, bien sûr, récupérés, trompés, manipulés par Marine Le Pen et ses sbires. Une sorte de hold-up sur le malheur de ces sans-grades. Il ne resterait donc plus, à la droite « respectable » comme à la gauche « soucieuse du peuple », qu’à se pencher sur tout ce monde – près d’un électeur sur cinq, un beau pactole quand même – et, en se bouchant le nez, de les sortir des ornières dans lesquelles ils se sont fourvoyés.

Quel mépris pour les 17,9% des Français qui, dimanche, ont glissé le nom de Marine Le Pen dans les urnes ! Comme s’ils étaient des imbéciles, incapables de réfléchir, des benêts, des gogos sans cervelle. Des « braves gens » au fond, mais tout juste bons à agiter un drapeau bleu-blanc-rouge en éructant quelques slogans… mal compris, Dieu merci.

Qu’ils ne veuillent pas d’un pays qu’ils pourraient ne plus reconnaître, qu’ils s’inquiètent, chiffres à l’appui, d’une immigration hors de contrôle, qu’ils constatent que le chômage les frappe en premier lieu et non les fonctionnaires qui forment le gros des défilés syndicaux, qu’ils s’indignent de ces riches toujours plus riches, mais aussi de ces arnaqueurs aux prestations sociales, bref qu’ils adhérent – et même, figurez-vous, après y avoir réfléchi ! – aux thèses du Front national ne vient pas à l’esprit de nos politiciens.

Et s’ils ne proclament pas haut et fort qu’ils votent Marine Le Pen, ce n’est pas parce qu’ils en ont « honte » comme le répète à satiété une certaine presse, mais parce qu’ils savent ce qu’il peut en coûter – et d’abord sur le lieu de travail – de se réclamer des idées du Front national.

Cloués au pilori par un Bernard-Henri Lévy, allié de Nicolas Sarkozy sur le front libyen et de François Hollande sur le front électoral, « Un électeur sur cinq se reconnaît dans un programme débile, porté par un parti fétide », ils ne vont pas changer d’avis sur tous ceux qui leur font, une fois encore, la morale. Et ils auront raison.

Robert Ménard
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