Inauguration de la rue Commandant Denoix de Saint Marc à Béziers

Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les présidents, Mesdames, Messieurs,
Et surtout, chers, très chers amis,

D’abord, merci ! Merci d’être là. Merci d’être venus au rendez-vous de la justice et de la fidélité. Honneur à vous qui, parfois, avez parcouru 500 kilomètres, 1000 kilomètres pour être ici. Votre présence, votre nombre, prouvent combien cette cérémonie répond à un impérieux besoin de réparation et de reconnaissance. Et puis, pourquoi ne pas le dire, votre présence me touche infiniment. Oui, merci d’être là. Pour nous, pour tous ceux qui nous ont quittés et, aussi, pour ceux qui viennent.
Il y a des moments, il y a des gestes, il y a des paroles qui vous engagent totalement. Qui disent d’où vous venez. Qui disent ce qui est essentiel à vos yeux. Qui disent ce que vous êtes. Qui vous donnent l’occasion – rare, précieuse – de vous replacer dans une lignée, de rendre hommage aux vôtres, de saluer un père, une mère, une famille, de saluer votre famille.
Il y a des moments où il faut se rassembler, se retrouver, se souvenir, se tenir chaud les uns les autres. Il y a des moments où il faut dire non aux mensonges, à l’histoire trafiquée, réécrite, bafouée. Il y a des moments où trop c’est trop, où nos plus âgés meurent sans que jamais l’on ait reconnu leur travail, leur mérite, en un mot, leur vie .
 Oser dire, oser laisser penser que la guerre, oui la guerre d’Algérie s’est terminée le 19 mars, le jour de la signature des accords d’Evian, n’est pas seulement un mensonge, c’est une ignominie, une insulte à la mémoire de tous ceux – pieds-noirs, harkis, jeunes du contingent – qui ont été torturés, qui ont été émasculés, qui ont été tués, qui ont disparu après cette date, après cette capitulation, après cet abandon, après ce renoncement à ce que fut la France, à ce que fut la grandeur de ce pays, de notre pays.
À cela, nous ne pouvons nous résigner. À cela je ne peux me résigner. Parce que je pense à ma famille, à nos familles. Parce que je pense à mon père, à nos pères. Parce que je pense à ces cimetières abandonnés, saccagés, rayés de la carte, comme gommés de l’histoire officielle, expurgés des manuels scolaires qu’on impose à nos enfants, à nos petits- enfants.

Voilà pourquoi je suis là aujourd’hui. Voilà pourquoi nous sommes là aujourd’hui. Pour rappeler à ceux qui nous ont trahis qu’ils ne pourront pas, éternellement, mentir, tromper, falsifier. L’Algérie de notre enfance, l’Algérie de nos aïeux, notre Algérie, ce n’est pas ce que certains veulent nous faire croire, ce n’est pas ce qu’un Benjamin Stora ne cesse d’écrire, ce n’est pas aux renégats, aux porteurs de valises d’en imposer l’image. De cela, nous ne voulons pas, nous ne voudrons jamais.

Je le dis à l’adresse de ceux qui s’agitent là-bas, plein d’une haine titubante, enveloppés dans de vieux mensonges qui s’effilochent : le communisme est mort et ses derniers militants sont des spectres errant dans le dédale de leur rancœur et de leur ignorance. Ils ont voulu hier l’Algérie algérienne, ils ne veulent pas aujourd’hui de la France française. La traîtrise est leur patrie. Nos victoires leur châtiment.
« À lire une certaine presse, écrivait Albert Camus en 1955, il semblerait vraiment que l’Algérie soit peuplée d’un million de colons à cravache et à cigare, montés sur Cadillac… »
60 ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Alors, si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour dire
« assez ! ». Assez de ces contre-vérités sur les pieds- noirs qui n’étaient pas tous des colons roulant en décapotables américaines. Assez des mensonges sur le bilan de la colonisation. Assez de cette perpétuelle repentance !
Oui, nous pataugeons dans une perpétuelle contrition. Honteux de ce que nous avons été. Honteux même, parfois, de ce que nous sommes. Quand la France intervient en 1830 en Algérie, elle mène une guerre de conquête longue et impitoyable, c’est vrai ! Mais, faut-il le rappeler, il s’agissait de mettre hors d’état de nuire les pirates qui sévissaient depuis la côte algéroise. Ces forbans n’étaient pas des pirates d’opérette : ils enlevaient, suppliciaient, réduisaient les chrétiens en esclavage. Le rappeler, est-ce se transformer en avocat inconditionnel de l’épopée coloniale ? Bien sûr que non !

Faut-il le redire aux révisionnistes de tout poil, la présence française en Algérie, ce sont des ports, des aéroports, des routes, des écoles, des hôpitaux. Ce sont des marais asséchés, des maladies éradiquées. Mais aussi du soleil sur la peau, des éclats de rire sur les plages, des filles à la peau suave, un ciel comme il n’en existe nulle part ailleurs. L’Algérie, disait ma mère, c’est notre paradis à nous, ce paradis qu’on nous a enlevé, ce paradis qui hante, toujours, plus de cinquante ans plus tard, nos cœurs et nos mémoires. Après nous avoir pris notre pays, certains voudraient maintenant nous priver de nos souvenirs. Et nous faire croire que les combats ont cessé le jour où des traîtres signaient un cessez-le-feu qui n’était rien d’autre qu’un lâche abandon, un vil renoncement. Demandez aux Algérois de la rue d’Isly ! Demandez aux Oranais du 5 juillet ! Demandez aux milliers, aux dizaines de milliers de harkis ! Demandez à nos martyrs ! Demandez-leur ce que furent les jours, les semaines, les mois qui ont suivi cette véritable capitulation ! On voudrait les faire disparaître une seconde fois ! On voudrait les oublier, les nier.
Les oublier ? C’est hors de question. Comment oublier ces Européens enlevés par le FLN afin de récupérer le sang dont il avait besoin pour soigner ses
combattants ? Vidés, oui vidés de leur sang, au sens clinique du terme… Et dire que certains continuent de se vanter d’avoir été les « porteurs de valises » de ces terroristes qu’on applaudit dans la bonne presse. C’est raté. Nous sommes ici des milliers pour porter témoignage. Nous sommes ici pour dire haut et fort notre vérité, la vérité. Pour la jeter à la figure de tous ceux qui nous font la morale, qui nous parlent du sens de l’histoire, des accommodements auxquels nous devrions nous résigner. Nous sommes ici pour dire tout cela à ceux qui armaient le bras des assassins, des bourreaux des Français d’Algérie.

Des assassins, des bourreaux qui nourrissent encore aujourd’hui une haine à l’égard de la France, de ses valeurs, de son histoire, de ses combats, de sa civilisation. Une haine qui pousse certains à abattre des journalistes parce qu’ils sont journalistes, à abattre des policiers parce qu’ils sont policiers, à abattre des Juifs parce qu’ils sont juifs. Cette haine de la France est comme une insulte, comme une gifle pour d’autres musulmans, pour nos amis musulmans, pour nos frères harkis, eux qui ont choisi la France, qui sont morts pour la France. Eux qui ont été massacrés, certains écorchés vifs, ébouillantés. Eux qui ont été abandonnés sur ordre de l’État français, livrés à la vindicte du FLN.

Mais que s’est-il donc passé ? Que s’est-il passé pour qu’aujourd’hui, dans notre pays, on occulte à ce point la réalité de notre histoire ? Tout simplement que, alors qu’on obligeait un million de Français à quitter leur Algérie natale, on ouvrait la France – quasi simultanément – à des millions d’immigrés bien décidés pour certains à ne jamais se sentir, à ne jamais devenir des Français à part entière.

Colonisation de peuplement, disait-on de la présence française en Algérie. Il faut parler aujourd’hui, en France, d’immigration de peuplement, d’immigration de remplacement. Un chassé-croisé dont l’histoire a le tragique secret et dont je redoute que nous ne cessions de mesurer les funestes, les dramatiques conséquences. Je voudrais me tromper. Je crains d’avoir raison.

Face aux drames d’hier, il est des hommes qui ont su dire non. Des hommes qui n’ont pas hésité à tout risquer, à tout perdre pour des valeurs qui étaient, qui faisaient toute leur vie, au point d’être prêts à mourir pour elles. Hélie de Saint Marc était de ceux- là. On les appelle des héros. Un mot qui sonne comme un anachronisme à une époque, la nôtre, où l’on nous serine qu’on ne va quand même pas mourir pour des idées, où la vie, son confort, ses petites habitudes justifient tous les compromis, toutes les compromissions. Je ne vais pas avoir l’outrecuidance de rappeler les états de service, les engagements, le prix payé par Hélie de Saint Marc devant les membres de sa famille qui nous font l’immense honneur d’être aujourd’hui parmi nous.

« Se tenir à la pointe de soi-même. » Voilà une phrase du commandant de Saint Marc qui dit, avec la plus grande justesse, l’exigence de sa vie, de toute sa vie. De l’Occupation à la perte de l’Algérie, rien n’a pu anéantir ce cœur vif, ce cœur exemplaire. Né mille ans plus tôt, son histoire serait celle d’une chanson de geste. Hélie de Saint Marc est un preux, un orphelin d’un ordre spirituel et guerrier, tenant sa vie comme une lance.
Henry de Montherlant écrivait : « Il y a le réel et il y a l’irréel. Au-delà du réel et au-delà de l’irréel, il y a le profond ». La vie et les livres d’Hélie de Saint Marc sont un périple vers les profondeurs de l’être, dans le fond sans fond de son âme. Comme Ulysse, jamais les épreuves ne le détournèrent de sa destination, j’allais dire de sa destinée. Voyages des camps et des prisons, voyages des batailles et des carnages. Voyage vers ce qu’il appelait « le tremblement sacré des choses invisibles ».

Je citerai encore le commandant de Saint Marc, et il faut le citer souvent, car il ne fut pas seulement un chef mais aussi un remarquable éducateur. Non pas un donneur de leçons, ni un « coach de vie » comme l’on dit aujourd’hui, mais un homme qui a beaucoup vécu, beaucoup vu, immensément ressenti.
Le commandant écrivait, et son petit-fils nous l’a rappelé à l’instant : « La vie est un combat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. » Et il ajoutait : « Vivre, ce n’est pas exister à n’importe quel prix. »

Dire comme lui que la vie est un combat n’est pas faire l’apologie de la guerre, n’est pas faire de la guerre sa profession de foi. C’est un simple constat : si une vie, c’est aimer, partager, éduquer, c’est aussi une somme d’épreuves, de contrariétés, d’oppositions, d’expériences et d’engendrements. C’est cette somme qui fait une vie. Et celui qui refuse ce combat ne vit pas. Dire que vie et combat sont de la même substance est une adresse d’espoir. Voilà ce que nous dit le rescapé de Buchenwald. Il faut espérer et faire de son espoir un bélier qui fracasse toutes les murailles. Il faut même espérer au-delà de toute raison. C’est Héraclite qui disait : « Qui n’espère pas l’inespérable ne le découvrira pas. »
Ici, je le sais, nous espérons, nous n’avons jamais cessé d’espérer. Nos espoirs sont nos fidélités. Et nos fidélités comme nos espoirs trouvent en ce jour leur récompense, comme elles trouveront demain, en d’autres lieux et sur d’autres plans, des satisfactions encore plus décisives pour notre nation et notre peuple.

Le commandant de Saint Marc est l’homme d’une génération. Une génération qui, de septembre 1939 à juillet 62, ne connut jamais le répit et la paix. Une génération qui, entre la débâcle et l’abandon, connut cent victoires. Une génération qui nous a laissés seuls avec les souvenirs de sa gloire. C’est elle, aussi, qu’en ce jour nous célébrons. Gloire à eux ! Gloire aux compagnons du Commandant de Saint Marc, gloire à ceux d’Indochine, à ceux d’Algérie, gloire à ceux des prisons qui étaient alors les garnisons de l’honneur. Oui, comme vous, comme beaucoup d’entre vous, j’ai lu les livres de celui dont cette rue portera dorénavant le nom. Et je n’ai pas honte de vous le dire : j’en ai eu les larmes aux yeux, regrettant presque d’avoir été trop jeune pour être confronté à des choix qui forcent le destin et font de vous un homme.

Et puis, je me suis dit que j’avais tort. Que chacun, à son époque, est face à des engagements qui, sans avoir le caractère dramatique de ces années algériennes, n’en sont pas moins cruciaux, vitaux. Aujourd’hui, notre pays est face à une crise qui engage son avenir, sa vie, sa survie. Et face à ces dangers, Hélie de Saint Marc, son courage, son panache, sont d’une actualité brûlante, d’une force existentielle.
Allons-nous abandonner la France, laisser faire, nous réfugier dans des slogans aussi creux, aussi vides qu’une rengaine publicitaire, qu’un discours de politicien censés nous faire oublier les responsabilités des uns et des autres ?

Il y a 50 ans, je m’en souviens, vous vous en souvenez, nous tapions sur des casseroles en scandant « Al-gé- rie fran-çaise ». Il faudrait aujourd’hui, avec la même ardeur, avec la même détermination, dire non à cette France métissée qu’on nous promet, qu’on nous annonce, qu’on nous vante. Dire non à cette France multiculturelle qu’on nous impose. Mais dire oui à une France fière d’elle-même, de son histoire, de ses racines judéo-chrétiennes. Cette France que pieds- noirs et harkis ont admirablement incarnée, cette France pour laquelle un Hélie de Saint Marc s’est battu pendant la résistance, en Indochine et en Algérie. Cette France que nous voulons transmettre, intacte, à nos enfants. Alors, pour Hélie de Saint Marc, pour tous ceux qui sont morts en Algérie, persuadés que nous étions en France, que nous nous battions pour la France, pour tous ceux qui l’ont quittée, définitivement orphelins d’une partie d’eux-mêmes, je voudrais avant que nous entonnions « Le chant des Africains », je voudrais, en votre nom à tous, je le sais, dire, redire, répéter ce qui est notre viatique, notre credo, notre passé et, je l’espère, notre avenir : « Vive la France », « Vive la France française ! »

Déclaration suite à l’attentat contre Charlie Hebdo

C’est avec une émotion indicible que j’apprends l’attaque dont vient d’être victime la rédaction de Charlie Hebdo. Je pense aux journalistes abattus, aux policiers tués, à leurs familles.

Après 23 ans à parcourir le monde pour défendre la liberté d’information et les journalistes, jamais je n’aurai cru vivre cela dans mon pays, jamais je n’aurais cru cela possible. Personne d’ailleurs, il y a encore quelques années, n’aurait pu l’imaginer.

Cela étant, il faut cesser la politique de l’autruche.

Non, les assassins ne sont pas des « fous » ou des « marginaux ». Ce sont des tueurs islamistes qui veulent imposer la terreur comme leurs congénères de Syrie ou d’Irak. La différence est qu’aujourd’hui, après trente ans d’immigration galopante, ces choses là sont possibles à Paris et en France.

Non, la rédaction de Charlie Hebdo n’a pas été attaquée par des gens adversaires de la liberté de la presse. Elle a été attaquée parce qu’elle avait osé, courageusement, librement, critiquer l’islam.
Si des conséquences politiques ne sont pas tirés de cette tragédie, alors, d’autres viendront. Tout doit être fait pour éviter la libanisation de notre pays. Il est encore temps.

Robert Ménard
Maire de Béziers
Fondateur de Reporters sans frontières
Fondateur de Boulevard Voltaire

Maire de Béziers

Candidat aux élections municipales à Béziers, j’avais promis, si j’étais élu, de consacrer 100 % de mes forces, de mon énergie et de mon temps à ma ville. Elle le mérite et elle en a besoin. Élu à la mairie, contre toutes les prévisions et en dépit de l’hostilité des vieux partis qui nous ont fait tant de mal, la moindre honnêteté veut que je tienne l’engagement que j’avais pris.

C’est le cœur serré mais la conscience tranquille que je vous annonce aujourd’hui, amis et fidèles de Boulevard Voltaire, ma décision de quitter le site que j’ai créé il y a un an et demi, qui a duré et grandi grâce à vous, à votre attachement, à votre soutien, mais aussi grâce au travail et au talent de ceux et de celles qui l’ont fait vivre jour après jour et qui, d’ores et déjà, en ont fait l’un des plus beaux succès de presse enregistrés dans notre pays ces dernières années.

Cette prise de distance ne signifie en aucune manière que les raisons qui ont justifié la naissance de Boulevard Voltaire ne sont plus, et moins encore que je me désolidarise de l’esprit de liberté et de non-conformisme qui est notre marque et fait notre originalité. Plus que jamais, nous avons un besoin vital de lieux de débats, de discussions, de confrontations sans exclusive d’aucun point de vue, fût-il contraire à nos idées et à nos convictions.

La liberté d’expression est chez nous constamment ignorée, bousculée ou bafouée par ceux-là mêmes qui, par profession, devraient l’incarner. Convaincus sans doute de personnifier le vrai, le juste et le bien – en un mot la morale – trop de mes confrères (ou faut-il dire ex-confrères ?) tranchent, jugent et condamnent sans se donner le temps de réfléchir et la peine de s’informer. J’ai encore eu maintes occasions de le constater tout au long de la campagne électorale que je viens de mener jusqu’à la victoire de ma liste et de la démocratie.

Que vous dire encore, à l’heure où, en quittant Boulevard Voltaire, je fais sans doute mes adieux au journalisme ? Au temps où j’étais président de Reporters sans frontières, j’ai rencontré des hommes et des femmes prêts à risquer leur liberté et même leur vie ; à Boulevard Voltaire, j’ai côtoyé des hommes et des femmes sans calculs, sans arrière-pensées, sans prudence, sans plan de carrière, prêts à mettre en péril leur confort et en jeu leur réputation pour ce petit rien essentiel, sans lequel nous ne pouvons respirer, et qui s’appelle la vérité.

Je laisse Boulevard Voltaire en de bonnes mains, celles de l’équipe qui, autour de Dominique Jamet, d’Emmanuelle Duverger, de Denis Cheyrouze, co-fondateurs du site, et de tous ses collaborateurs et contributeurs, a toute ma confiance et a su gagner la vôtre. Ils sauront animer, améliorer et faire progresser cette petite entreprise qui n’a pas peur des grandes.

Je leur passe le relais en toute tranquillité et en toute amitié. Même là où m’appellent désormais les fonctions que j’ai souhaitées, je ne serai jamais loin ni d’eux ni de vous. Longue vie à Boulevard Voltaire !

Nouveau site web !

Le 1er octobre, à 9 heures du matin, j’aurai le plaisir de lancer en compagnie de Dominique Jamet un nouveau site web.

Rejoints par de nombreux éditorialistes attachés à leur indépendance, nous avons souhaité créer un pure player dont l’objectif est d’intervenir en toute liberté dans le champ de l’actualité, avec l’ambition de réunir et de fédérer le cercle en voie de disparition des empêcheurs de penser en rond.

Je vous donne rendez-vous le lundi 1er octobre, à 9 heures pour découvrir le nom et l’adresse du site !

A lundi !

Peillon gâche tout !

Spontanément, on a envie d’applaudir. Enseigner la « morale laïque » à l’école, comme le propose Vincent Peillon, notre ministre de l’Education nationale, est une excellent idée (et pas une idée « pétainiste », comme l’ont dénoncé, stupidement, des politiciens de droite).

A l’heure où un quotidien, Le Parisien, s’interroge en une : « Les enseignants peuvent-ils encore contredire les élèves ? » (1), on se dit qu’il serait temps, en effet, de rappeler aux élèves ce que sont le respect, l’autorité, le travail. Mais patatras, voilà que notre ministre, à qui on demandait si les élèves ne devraient pas, par exemple, se lever à l’arrivée de leur professeur, s’offusque :

Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral.

Il me semble pourtant que tout cela est lié. Mais je ne dois rien y comprendre.

Il nous faudra attendre le rapport de la « mission de réflexion » – une de plus – pour savoir ce qu’il en sera de cette « morale laïque ». D’ici là, on est en droit de s’inquiéter quand on entend notre ministre – sur un autre registre – prétendre qu’il est impératif de revoir le système de notation des élèves. Il voudrait, dit-il, mettre en place « une politique de l’évaluation qui soit plus positive » et « encourageante ». Et d’expliquer qu’un 8 sur 20 peut être ressenti par un enfant « comme une sanction »

J’ai relu, cet été, « Le premier homme », le roman inachevé d’Albert Camus.
Il contient un chapitre, largement autobiographique, sur Monsieur Germain, son instituteur. Et ces quelques lignes :

(…) leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu’il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l’histoire d’enfants qu’il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n’avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l’objet d’un choix ou d’une conviction, mais il n’en condamnait qu’avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l’indélicatesse, la malpropreté (…). 

C’était, il est vrai, il y a un bon millier d’années…

(1) La une du Parisien fait suite à l’agression de deux enseignants. L’un par un jeune élève d’origine marocaine qui n’a pas supporté que son prof d’histoire-géo rappelle la nature peu démocratique du régime de Mohamed VI. L’autre par une mère d’origine antillaise qui a frappé une autre prof d’histoire-géo qui avait eu le culot de rappeler à l’ordre son fils indiscipliné. Un rappel à l’ordre évidemment raciste, a-t-elle expliqué, avant de gifler un policier et de donner un coup de pied à un autre. Mais qu’on se rassure, Vincent Peillon va créer un « Observatoire de la violence scolaire »…

L’islam est-il soluble dans la démocratie ?

Depuis dix jours, quarante-cinq personnes sont mortes dans des manifestations dirigées contre le film « L’innocence des musulmans ».

Hier encore, quinze manifestants ont été tués et 200 autres blessés à Karachi et Peshawar, au Pakistan.

A Téhéran, une centaine de manifestants se sont rassemblés jeudi devant l’ambassade de France, en criant « mort à l’Amérique », « mort à Israël » et « mort à la France ».

Le ministère français des Affaires étrangères a dû annoncer la fermeture vendredi des ambassades, consulats et écoles françaises dans une vingtaine d’Etats musulmans. Une mesure prolongée ce week-end dans certains de ces pays.

A Paris, la sécurité a été renforcée autour de l’immeuble abritant la rédaction de Charlie Hebdo, et toute manifestation de protestation contre le film ou les caricatures a été interdite.

Face à cette violence, à cette sauvagerie, que disent les Occidentaux ?

Ils s’excusent.

Comme si nous devions sans cesse reculer devant les islamistes, nous mettre à genoux devant les Fous de Mahomet ! Comme si, au fond, la colère des salafistes était légitime, compréhensible ! Comme si nous devions nous justifier d’être démocrates !

Chef de file de ces capitulards, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a même osé expliquer que « la liberté d’expression, qui est un droit fondamental et un privilège, ne doit pas être utilisée abusivement, par un acte aussi scandaleux et honteux » !

YouTube cède aussi : l’accès au film a été restreint dans plusieurs pays, à commencer par l’Egypte et la Libye.

Tout cela est insupportable.

« Il y a quelque chose de pervers dans notre République qui ne cesse de se repentir des fautes et des crimes commis par ceux qui la détestent. », écrit avec justesse l’ancien magistrat Philippe Bilger.

On nous rétorquera qu’il s’agit d’un islam dévoyé. Est-ce si sûr ?

Salman Rushdie, qui a pourtant grandi dans une famille musulmane, doute de la pertinence d’une distinction entre islam et islamisme. Pour lui, « quelque chose a mal tourné au sein de l’islam ».

De quoi alimenter nos craintes et nos peurs.

Moins prisée de notre intelligentsia, la comédienne Véronique Genest dit, au fond, la même chose quand elle explique sur le plateau de Jean-Marc Morandini :

Si être islamophobe, c’est avoir peur, alors je suis islamophobe, comme beaucoup de Français.

Depuis, elle est assaillie de commentaires consternés. Jusqu’au Parisien qui lui fait la leçon.

Alors posons la question taboue : « L’islam est-il soluble dans la démocratie ? »

A quoi l’historienne Lucette Valensi répond dans Le Monde :

Maintenant que les islamistes sont au pouvoir dans certains pays, on est en mesure de les juger sur leurs actes, et ce que l’on voit, c’est que l’existence d’un islam modéré, dont ils se réclament, reste à prouver.

Et si, décidément, Véronique Genest avait raison quand elle twitte :

Ils nous détestent !

Ça recommence ! Après la fatwa contre Salman Rushdie, la cinquantaine de morts qui ont suivi la publication des caricatures de Mahomet, les menaces à l’égard de Robert Redeker, l’incendie des locaux de Charlie hebdo, le monde musulman s’enflamme, une nouvelle fois, au lendemain de la diffusion sur internet d’un film résolument anti-islam.

Aussi, je veux le dire, sans précaution et sans détour : rien, absolument rien ne saurait justifier les violences de ces « fous de Dieu ». Pas plus à Benghazi, qu’à Tunis ou à Paris. Et les prétendues explications de ces actes – « impérialisme US », « pauvreté endémique », « relégation des Musulmans », « mépris pour le monde arabe »… – finissent par ressembler un peu trop à des excuses. Comme si, au fond, nous portions notre part de responsabilité – et, à écouter certains, la plus grande part – dans la sauvagerie de ces comportements.

On a le droit, n’en déplaise aux salafistes, de moquer, de critiquer, de ridiculiser le prophète Mahomet. Dieu merci, les lois condamnant le « blasphème » n’ont plus cours dans la plupart de nos pays.

On a même le droit, faut-il le leur rappeler, de s’interroger sur cette « religion de paix et de tolérance »… C’est blessant pour les musulmans. Ils se sentent outragés. Soit. Est-ce que cela justifie de menacer, de blesser, d’incendier, de tuer ? Et si, comme je l’entends dans la bouche de ces fervents adeptes de l’Islam, le Coran justifie ces extrémités, je suis en droit de m’interroger…

Contrairement à ce qui s’écrit dans la presse, ce n’est pas seulement « une profonde détestation de la puissance américaine qui se cristallise dans ces émeutes » (Le Monde), mais une détestation de l’Occident dans sa totalité. Ils sont de plus en plus nombreux à vomir nos valeurs, là-bas comme ici (selon l’Ined, 37% des jeunes Français d’origine étrangère ne se sentent pas français : est-ce sans rapport ?), à exécrer tout ce qui fonde nos sociétés : de la liberté d’expression au respect de la femme et même la liberté religieuse.

Et les propos lénifiants sur le caractère « très minoritaire » de ces sentiments que nous assènent, à chaque flambée de violence, les responsables de la communauté musulmane, ne trompent plus personne.

Que conclut de toutes ces violences Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahda, le parti au pouvoir en Tunisie ? « Qu’il doit y avoir une loi incriminant l’atteinte au sacré au niveau international et cela doit se faire à l’ONU. » L’adopter reviendrait à capituler. Une de plus.

P.S. Vive Charlie Hebdo ! A ceux qui nous expliquent qu’il s’agit d’une « nouvelle provocation » de l’hebdo satirique, je rappelle que personne, à ma connaissance, n’est obligé d‘acheter Charlie. En outre, faire preuve de « responsabilité », comme le recommandent Jean-Marc Ayrault et Laurent Fabius, serait, ni plus ni moins, que donner un blanc-seing aux 250 allumés qui sont allés manifester, prier et crier leur haine des Juifs place de la Concorde, en plein cœur de Paris.

Un mot encore, de soutien et sans mégoter, pour Caroline Fourest, prise à partie à la « Fête de L’Humanité » par une trentaine de militants des « Indigènes de la République », qui l’ont contrainte à annuler une intervention, lui reprochant son « islamophobie ».

Géorgie : une démocratie Potemkine

Je rentre de Géorgie. Vous savez, le pays de la « Révolution des Roses », dirigé par un jeune politicien, Mikhaïl Saakachvili, véritable coqueluche des chancelleries et des médias occidentaux qui, en 1983, débarrassa son pays du régime sclérosé, pesant, et fort corrompu d’Edouard Chevardnadzé.

Micha, comme l’appellent familièrement ses compatriotes, est toujours éloquent, séduisant même.

Mais il a bien changé.

Aujourd’hui, règne à Tbilissi une atmosphère pesante. Le tribun a pris des accents autoritaires. Les opposants se sentent surveillés. Les médias qui le critiquent sont l’objet de mille tracasseries. Une dérive autocratique que les acquis de la révolution – éradication de la petite corruption des policiers, « maisons de la justice » qui facilitent toutes les démarches administratives… – et les nombreux immeubles de métal et de verre qui sortent de terre – et enlaidissent la capitale – ne peuvent masquer.

Pourtant, tout est là pour faire dire à des observateurs trop pressés que la démocratie s’est installée dans cette vieille nation du Caucase. Mais une démocratie Potemkine. Comme ces façades en carton-pâte que le ministre russe du même nom avait fait ériger pour masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II Crimée en 1787. On donne des gages aux Occidentaux tout en modifiant la Constitution afin de donner plus de pouvoir au Premier ministre. Car, à la manière d’un Poutine qu’on ne cesse pourtant de traiter de tous les noms d’oiseaux, on pourrait s’en inspirer et être tenté, après deux mandats de chef d’Etat et dans l’impossibilité légale d’en briguer un troisième, de s’octroyer le poste… On affiche son attachement à la liberté de la presse tout en plaçant sous séquestre des dizaines de milliers d’antennes paraboliques afin d’empêcher la diffusion de TV 9, la nouvelle chaîne d’information qui a surtout le tort d’appartenir à la femme de son principal opposant… Malin, Micha se souvient peut-être du rôle essentiel de la télévision Rustavi 2 lors de sa prise de pouvoir… et, du coup, multiplie les entraves à la liberté d’expression pour que le même scénario ne se reproduise pas mais au profit, cette fois, de ses concurrents.

Exagéré, de mauvaise foi, répondront les zélateurs du régime, élite qui confond allègrement modernité et démocratie. Dans les rues de Telavi, une petite ville à une centaine de kilomètres de Tbilissi, j’ai eu la curiosité de contourner les beaux immeubles qui bordent la place centrale. Seules les façades ont été repeintes, aux frais de l’Etat. L’arrière des bâtiments est délabré, à l’abandon.

Mikhaïl Saakachvili ressemble fort à un Potemkine à la mode géorgienne.

Contre le mariage gay – episode 2

Je ne souhaitais pas y revenir si vite. Mais l’actualité m’y oblige avec l’accélération annoncée par la garde des Sceaux de la présentation au conseil des ministres du texte sur le mariage homosexuel – que le gouvernement appelle, dans cette novlangue chère à la gauche, « mariage pour tous »… Comme s’il y avait urgence, comme si les Français n’avaient rien d’autre en tête que le mariage et l’adoption gay, comme si, séance tenante, il fallait légiférer alors qu’une bonne partie de la population n’est pas seulement opposée à ce projet mais le vit comme un coup porté à tout ce qu’elle croit, à tout ce qu’elle chérit, à tout ce qui donne sens à sa vie.

Christiane Taubira n’en a cure. Il faut satisfaire une minorité, nous imposer ses désirs, ses fantasmes. Et puis, cela aura le mérite de nous faire oublier ces impôts qui vont augmenter, ce chômage qu’on est bien incapable de juguler, ces « coups de mentons » suivis de capitulation devant les « inévitables » restructurations, ces traités qu’on dénonçait hier pour mieux les avaliser aujourd’hui. Faute de tenir ses promesses sur ce qui fait le quotidien de millions de Français, on va adopter un texte à la va vite. Un texte sur lequel plus personne n’osera revenir tant une grande partie de la droite est incapable de résister à l’idéologie post-soixante-huitarde, terrorisée à l’idée que nos intellectuels, nos médias la traitent « d’archaïque » ou, pire encore, de « réac ». Quand on a déjà capitulé dans sa tête…

Et ce ne sera qu’une première étape. Au Brésil, nous conte un journaliste du Monde, un dépositaire de la puissance publique a célébré une union civile entre un homme et deux femmes. Au nom de « l’affectivité multiple »… D’autres groupes sont demandeurs : un « autre trio, composé cette fois d’une femme et de deux hommes, et d’un quintette de deux hommes en ménage avec trois femmes. » Cela s’appelle la polygamie. Et cela ne me fait pas sourire.

Gauche et droite siamoises

Tout cela est pitoyable. Je ne parle pas seulement de la manière dont a été désigné Harlem Désir comme futur premier secrétaire du Parti socialiste, mais du spectacle que nous offrent gauche et droite confondues.

Commençons par le nouveau patron de la rue Solférino.

Il aura donc été nommé à l’issue de conciliabules dans la plus pure tradition socialiste.

Produit d’un accord d’appareil, de marchandages interminables – il a même fallu repousser la date limite de dépôt des motions -, de combines de courant. Un « leader minimo » se moquent déjà certains. Qui, faut-il le rappeler, a été condamné en 1998, pour avoir bénéficié d’un emploi fictif alors qu’il dirigeait SOS Racisme. Vous me direz que son challenger, Jean-Christophe Cambadélis, a, lui, été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la MNEF, et, une autre fois, pour un emploi fictif – décidément ! – dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés.

Match nul donc. Les éléphants socialistes avaient à choisir entre deux « ex-repris de justice »… N’est-ce pas François Hollande qui s’était engagé pendant sa campagne à ne pas s’entourer de personnes condamnées par la justice ? Vous me direz qu’Harlem Désir ne siège pas au gouvernement : il ne sera que le patron du parti majoritaire…

A droite maintenant.

Question divisions, associations de circonstances, jeu à trois bandes, arrière-pensées en tout genre, difficile d’égaler les apparatchiks de l’UMP ! Copé et Fillon sont décidément du même tonneau que leurs camarades socialistes. Et leurs meilleurs alliés. L’absolue priorité, vous l’avez compris, est au recueil des signatures nécessaires pour se présenter au vote des militants.

Le reste, chômage qui ne cesse de grimper, prix qui s’envolent, insécurité qui perdure, désindustrialisation qui nous affaiblit, quelle importance ?

Ils ont mieux à faire : se déchirer pour les meilleurs places.