Déclaration suite à l’attentat contre Charlie Hebdo

C’est avec une émotion indicible que j’apprends l’attaque dont vient d’être victime la rédaction de Charlie Hebdo. Je pense aux journalistes abattus, aux policiers tués, à leurs familles.

Après 23 ans à parcourir le monde pour défendre la liberté d’information et les journalistes, jamais je n’aurai cru vivre cela dans mon pays, jamais je n’aurais cru cela possible. Personne d’ailleurs, il y a encore quelques années, n’aurait pu l’imaginer.

Cela étant, il faut cesser la politique de l’autruche.

Non, les assassins ne sont pas des « fous » ou des « marginaux ». Ce sont des tueurs islamistes qui veulent imposer la terreur comme leurs congénères de Syrie ou d’Irak. La différence est qu’aujourd’hui, après trente ans d’immigration galopante, ces choses là sont possibles à Paris et en France.

Non, la rédaction de Charlie Hebdo n’a pas été attaquée par des gens adversaires de la liberté de la presse. Elle a été attaquée parce qu’elle avait osé, courageusement, librement, critiquer l’islam.
Si des conséquences politiques ne sont pas tirés de cette tragédie, alors, d’autres viendront. Tout doit être fait pour éviter la libanisation de notre pays. Il est encore temps.

Robert Ménard
Maire de Béziers
Fondateur de Reporters sans frontières
Fondateur de Boulevard Voltaire

Maire de Béziers

Candidat aux élections municipales à Béziers, j’avais promis, si j’étais élu, de consacrer 100 % de mes forces, de mon énergie et de mon temps à ma ville. Elle le mérite et elle en a besoin. Élu à la mairie, contre toutes les prévisions et en dépit de l’hostilité des vieux partis qui nous ont fait tant de mal, la moindre honnêteté veut que je tienne l’engagement que j’avais pris.

C’est le cœur serré mais la conscience tranquille que je vous annonce aujourd’hui, amis et fidèles de Boulevard Voltaire, ma décision de quitter le site que j’ai créé il y a un an et demi, qui a duré et grandi grâce à vous, à votre attachement, à votre soutien, mais aussi grâce au travail et au talent de ceux et de celles qui l’ont fait vivre jour après jour et qui, d’ores et déjà, en ont fait l’un des plus beaux succès de presse enregistrés dans notre pays ces dernières années.

Cette prise de distance ne signifie en aucune manière que les raisons qui ont justifié la naissance de Boulevard Voltaire ne sont plus, et moins encore que je me désolidarise de l’esprit de liberté et de non-conformisme qui est notre marque et fait notre originalité. Plus que jamais, nous avons un besoin vital de lieux de débats, de discussions, de confrontations sans exclusive d’aucun point de vue, fût-il contraire à nos idées et à nos convictions.

La liberté d’expression est chez nous constamment ignorée, bousculée ou bafouée par ceux-là mêmes qui, par profession, devraient l’incarner. Convaincus sans doute de personnifier le vrai, le juste et le bien – en un mot la morale – trop de mes confrères (ou faut-il dire ex-confrères ?) tranchent, jugent et condamnent sans se donner le temps de réfléchir et la peine de s’informer. J’ai encore eu maintes occasions de le constater tout au long de la campagne électorale que je viens de mener jusqu’à la victoire de ma liste et de la démocratie.

Que vous dire encore, à l’heure où, en quittant Boulevard Voltaire, je fais sans doute mes adieux au journalisme ? Au temps où j’étais président de Reporters sans frontières, j’ai rencontré des hommes et des femmes prêts à risquer leur liberté et même leur vie ; à Boulevard Voltaire, j’ai côtoyé des hommes et des femmes sans calculs, sans arrière-pensées, sans prudence, sans plan de carrière, prêts à mettre en péril leur confort et en jeu leur réputation pour ce petit rien essentiel, sans lequel nous ne pouvons respirer, et qui s’appelle la vérité.

Je laisse Boulevard Voltaire en de bonnes mains, celles de l’équipe qui, autour de Dominique Jamet, d’Emmanuelle Duverger, de Denis Cheyrouze, co-fondateurs du site, et de tous ses collaborateurs et contributeurs, a toute ma confiance et a su gagner la vôtre. Ils sauront animer, améliorer et faire progresser cette petite entreprise qui n’a pas peur des grandes.

Je leur passe le relais en toute tranquillité et en toute amitié. Même là où m’appellent désormais les fonctions que j’ai souhaitées, je ne serai jamais loin ni d’eux ni de vous. Longue vie à Boulevard Voltaire !

Nouveau site web !

Le 1er octobre, à 9 heures du matin, j’aurai le plaisir de lancer en compagnie de Dominique Jamet un nouveau site web.

Rejoints par de nombreux éditorialistes attachés à leur indépendance, nous avons souhaité créer un pure player dont l’objectif est d’intervenir en toute liberté dans le champ de l’actualité, avec l’ambition de réunir et de fédérer le cercle en voie de disparition des empêcheurs de penser en rond.

Je vous donne rendez-vous le lundi 1er octobre, à 9 heures pour découvrir le nom et l’adresse du site !

A lundi !

Peillon gâche tout !

Spontanément, on a envie d’applaudir. Enseigner la « morale laïque » à l’école, comme le propose Vincent Peillon, notre ministre de l’Education nationale, est une excellent idée (et pas une idée « pétainiste », comme l’ont dénoncé, stupidement, des politiciens de droite).

A l’heure où un quotidien, Le Parisien, s’interroge en une : « Les enseignants peuvent-ils encore contredire les élèves ? » (1), on se dit qu’il serait temps, en effet, de rappeler aux élèves ce que sont le respect, l’autorité, le travail. Mais patatras, voilà que notre ministre, à qui on demandait si les élèves ne devraient pas, par exemple, se lever à l’arrivée de leur professeur, s’offusque :

Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral.

Il me semble pourtant que tout cela est lié. Mais je ne dois rien y comprendre.

Il nous faudra attendre le rapport de la « mission de réflexion » – une de plus – pour savoir ce qu’il en sera de cette « morale laïque ». D’ici là, on est en droit de s’inquiéter quand on entend notre ministre – sur un autre registre – prétendre qu’il est impératif de revoir le système de notation des élèves. Il voudrait, dit-il, mettre en place « une politique de l’évaluation qui soit plus positive » et « encourageante ». Et d’expliquer qu’un 8 sur 20 peut être ressenti par un enfant « comme une sanction »

J’ai relu, cet été, « Le premier homme », le roman inachevé d’Albert Camus.
Il contient un chapitre, largement autobiographique, sur Monsieur Germain, son instituteur. Et ces quelques lignes :

(…) leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu’il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l’histoire d’enfants qu’il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n’avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l’objet d’un choix ou d’une conviction, mais il n’en condamnait qu’avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l’indélicatesse, la malpropreté (…). 

C’était, il est vrai, il y a un bon millier d’années…

(1) La une du Parisien fait suite à l’agression de deux enseignants. L’un par un jeune élève d’origine marocaine qui n’a pas supporté que son prof d’histoire-géo rappelle la nature peu démocratique du régime de Mohamed VI. L’autre par une mère d’origine antillaise qui a frappé une autre prof d’histoire-géo qui avait eu le culot de rappeler à l’ordre son fils indiscipliné. Un rappel à l’ordre évidemment raciste, a-t-elle expliqué, avant de gifler un policier et de donner un coup de pied à un autre. Mais qu’on se rassure, Vincent Peillon va créer un « Observatoire de la violence scolaire »…

L’islam est-il soluble dans la démocratie ?

Depuis dix jours, quarante-cinq personnes sont mortes dans des manifestations dirigées contre le film « L’innocence des musulmans ».

Hier encore, quinze manifestants ont été tués et 200 autres blessés à Karachi et Peshawar, au Pakistan.

A Téhéran, une centaine de manifestants se sont rassemblés jeudi devant l’ambassade de France, en criant « mort à l’Amérique », « mort à Israël » et « mort à la France ».

Le ministère français des Affaires étrangères a dû annoncer la fermeture vendredi des ambassades, consulats et écoles françaises dans une vingtaine d’Etats musulmans. Une mesure prolongée ce week-end dans certains de ces pays.

A Paris, la sécurité a été renforcée autour de l’immeuble abritant la rédaction de Charlie Hebdo, et toute manifestation de protestation contre le film ou les caricatures a été interdite.

Face à cette violence, à cette sauvagerie, que disent les Occidentaux ?

Ils s’excusent.

Comme si nous devions sans cesse reculer devant les islamistes, nous mettre à genoux devant les Fous de Mahomet ! Comme si, au fond, la colère des salafistes était légitime, compréhensible ! Comme si nous devions nous justifier d’être démocrates !

Chef de file de ces capitulards, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a même osé expliquer que « la liberté d’expression, qui est un droit fondamental et un privilège, ne doit pas être utilisée abusivement, par un acte aussi scandaleux et honteux » !

YouTube cède aussi : l’accès au film a été restreint dans plusieurs pays, à commencer par l’Egypte et la Libye.

Tout cela est insupportable.

« Il y a quelque chose de pervers dans notre République qui ne cesse de se repentir des fautes et des crimes commis par ceux qui la détestent. », écrit avec justesse l’ancien magistrat Philippe Bilger.

On nous rétorquera qu’il s’agit d’un islam dévoyé. Est-ce si sûr ?

Salman Rushdie, qui a pourtant grandi dans une famille musulmane, doute de la pertinence d’une distinction entre islam et islamisme. Pour lui, « quelque chose a mal tourné au sein de l’islam ».

De quoi alimenter nos craintes et nos peurs.

Moins prisée de notre intelligentsia, la comédienne Véronique Genest dit, au fond, la même chose quand elle explique sur le plateau de Jean-Marc Morandini :

Si être islamophobe, c’est avoir peur, alors je suis islamophobe, comme beaucoup de Français.

Depuis, elle est assaillie de commentaires consternés. Jusqu’au Parisien qui lui fait la leçon.

Alors posons la question taboue : « L’islam est-il soluble dans la démocratie ? »

A quoi l’historienne Lucette Valensi répond dans Le Monde :

Maintenant que les islamistes sont au pouvoir dans certains pays, on est en mesure de les juger sur leurs actes, et ce que l’on voit, c’est que l’existence d’un islam modéré, dont ils se réclament, reste à prouver.

Et si, décidément, Véronique Genest avait raison quand elle twitte :

Ils nous détestent !

Ça recommence ! Après la fatwa contre Salman Rushdie, la cinquantaine de morts qui ont suivi la publication des caricatures de Mahomet, les menaces à l’égard de Robert Redeker, l’incendie des locaux de Charlie hebdo, le monde musulman s’enflamme, une nouvelle fois, au lendemain de la diffusion sur internet d’un film résolument anti-islam.

Aussi, je veux le dire, sans précaution et sans détour : rien, absolument rien ne saurait justifier les violences de ces « fous de Dieu ». Pas plus à Benghazi, qu’à Tunis ou à Paris. Et les prétendues explications de ces actes – « impérialisme US », « pauvreté endémique », « relégation des Musulmans », « mépris pour le monde arabe »… – finissent par ressembler un peu trop à des excuses. Comme si, au fond, nous portions notre part de responsabilité – et, à écouter certains, la plus grande part – dans la sauvagerie de ces comportements.

On a le droit, n’en déplaise aux salafistes, de moquer, de critiquer, de ridiculiser le prophète Mahomet. Dieu merci, les lois condamnant le « blasphème » n’ont plus cours dans la plupart de nos pays.

On a même le droit, faut-il le leur rappeler, de s’interroger sur cette « religion de paix et de tolérance »… C’est blessant pour les musulmans. Ils se sentent outragés. Soit. Est-ce que cela justifie de menacer, de blesser, d’incendier, de tuer ? Et si, comme je l’entends dans la bouche de ces fervents adeptes de l’Islam, le Coran justifie ces extrémités, je suis en droit de m’interroger…

Contrairement à ce qui s’écrit dans la presse, ce n’est pas seulement « une profonde détestation de la puissance américaine qui se cristallise dans ces émeutes » (Le Monde), mais une détestation de l’Occident dans sa totalité. Ils sont de plus en plus nombreux à vomir nos valeurs, là-bas comme ici (selon l’Ined, 37% des jeunes Français d’origine étrangère ne se sentent pas français : est-ce sans rapport ?), à exécrer tout ce qui fonde nos sociétés : de la liberté d’expression au respect de la femme et même la liberté religieuse.

Et les propos lénifiants sur le caractère « très minoritaire » de ces sentiments que nous assènent, à chaque flambée de violence, les responsables de la communauté musulmane, ne trompent plus personne.

Que conclut de toutes ces violences Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahda, le parti au pouvoir en Tunisie ? « Qu’il doit y avoir une loi incriminant l’atteinte au sacré au niveau international et cela doit se faire à l’ONU. » L’adopter reviendrait à capituler. Une de plus.

P.S. Vive Charlie Hebdo ! A ceux qui nous expliquent qu’il s’agit d’une « nouvelle provocation » de l’hebdo satirique, je rappelle que personne, à ma connaissance, n’est obligé d‘acheter Charlie. En outre, faire preuve de « responsabilité », comme le recommandent Jean-Marc Ayrault et Laurent Fabius, serait, ni plus ni moins, que donner un blanc-seing aux 250 allumés qui sont allés manifester, prier et crier leur haine des Juifs place de la Concorde, en plein cœur de Paris.

Un mot encore, de soutien et sans mégoter, pour Caroline Fourest, prise à partie à la « Fête de L’Humanité » par une trentaine de militants des « Indigènes de la République », qui l’ont contrainte à annuler une intervention, lui reprochant son « islamophobie ».

Géorgie : une démocratie Potemkine

Je rentre de Géorgie. Vous savez, le pays de la « Révolution des Roses », dirigé par un jeune politicien, Mikhaïl Saakachvili, véritable coqueluche des chancelleries et des médias occidentaux qui, en 1983, débarrassa son pays du régime sclérosé, pesant, et fort corrompu d’Edouard Chevardnadzé.

Micha, comme l’appellent familièrement ses compatriotes, est toujours éloquent, séduisant même.

Mais il a bien changé.

Aujourd’hui, règne à Tbilissi une atmosphère pesante. Le tribun a pris des accents autoritaires. Les opposants se sentent surveillés. Les médias qui le critiquent sont l’objet de mille tracasseries. Une dérive autocratique que les acquis de la révolution – éradication de la petite corruption des policiers, « maisons de la justice » qui facilitent toutes les démarches administratives… – et les nombreux immeubles de métal et de verre qui sortent de terre – et enlaidissent la capitale – ne peuvent masquer.

Pourtant, tout est là pour faire dire à des observateurs trop pressés que la démocratie s’est installée dans cette vieille nation du Caucase. Mais une démocratie Potemkine. Comme ces façades en carton-pâte que le ministre russe du même nom avait fait ériger pour masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II Crimée en 1787. On donne des gages aux Occidentaux tout en modifiant la Constitution afin de donner plus de pouvoir au Premier ministre. Car, à la manière d’un Poutine qu’on ne cesse pourtant de traiter de tous les noms d’oiseaux, on pourrait s’en inspirer et être tenté, après deux mandats de chef d’Etat et dans l’impossibilité légale d’en briguer un troisième, de s’octroyer le poste… On affiche son attachement à la liberté de la presse tout en plaçant sous séquestre des dizaines de milliers d’antennes paraboliques afin d’empêcher la diffusion de TV 9, la nouvelle chaîne d’information qui a surtout le tort d’appartenir à la femme de son principal opposant… Malin, Micha se souvient peut-être du rôle essentiel de la télévision Rustavi 2 lors de sa prise de pouvoir… et, du coup, multiplie les entraves à la liberté d’expression pour que le même scénario ne se reproduise pas mais au profit, cette fois, de ses concurrents.

Exagéré, de mauvaise foi, répondront les zélateurs du régime, élite qui confond allègrement modernité et démocratie. Dans les rues de Telavi, une petite ville à une centaine de kilomètres de Tbilissi, j’ai eu la curiosité de contourner les beaux immeubles qui bordent la place centrale. Seules les façades ont été repeintes, aux frais de l’Etat. L’arrière des bâtiments est délabré, à l’abandon.

Mikhaïl Saakachvili ressemble fort à un Potemkine à la mode géorgienne.

Contre le mariage gay – episode 2

Je ne souhaitais pas y revenir si vite. Mais l’actualité m’y oblige avec l’accélération annoncée par la garde des Sceaux de la présentation au conseil des ministres du texte sur le mariage homosexuel – que le gouvernement appelle, dans cette novlangue chère à la gauche, « mariage pour tous »… Comme s’il y avait urgence, comme si les Français n’avaient rien d’autre en tête que le mariage et l’adoption gay, comme si, séance tenante, il fallait légiférer alors qu’une bonne partie de la population n’est pas seulement opposée à ce projet mais le vit comme un coup porté à tout ce qu’elle croit, à tout ce qu’elle chérit, à tout ce qui donne sens à sa vie.

Christiane Taubira n’en a cure. Il faut satisfaire une minorité, nous imposer ses désirs, ses fantasmes. Et puis, cela aura le mérite de nous faire oublier ces impôts qui vont augmenter, ce chômage qu’on est bien incapable de juguler, ces « coups de mentons » suivis de capitulation devant les « inévitables » restructurations, ces traités qu’on dénonçait hier pour mieux les avaliser aujourd’hui. Faute de tenir ses promesses sur ce qui fait le quotidien de millions de Français, on va adopter un texte à la va vite. Un texte sur lequel plus personne n’osera revenir tant une grande partie de la droite est incapable de résister à l’idéologie post-soixante-huitarde, terrorisée à l’idée que nos intellectuels, nos médias la traitent « d’archaïque » ou, pire encore, de « réac ». Quand on a déjà capitulé dans sa tête…

Et ce ne sera qu’une première étape. Au Brésil, nous conte un journaliste du Monde, un dépositaire de la puissance publique a célébré une union civile entre un homme et deux femmes. Au nom de « l’affectivité multiple »… D’autres groupes sont demandeurs : un « autre trio, composé cette fois d’une femme et de deux hommes, et d’un quintette de deux hommes en ménage avec trois femmes. » Cela s’appelle la polygamie. Et cela ne me fait pas sourire.

Gauche et droite siamoises

Tout cela est pitoyable. Je ne parle pas seulement de la manière dont a été désigné Harlem Désir comme futur premier secrétaire du Parti socialiste, mais du spectacle que nous offrent gauche et droite confondues.

Commençons par le nouveau patron de la rue Solférino.

Il aura donc été nommé à l’issue de conciliabules dans la plus pure tradition socialiste.

Produit d’un accord d’appareil, de marchandages interminables – il a même fallu repousser la date limite de dépôt des motions -, de combines de courant. Un « leader minimo » se moquent déjà certains. Qui, faut-il le rappeler, a été condamné en 1998, pour avoir bénéficié d’un emploi fictif alors qu’il dirigeait SOS Racisme. Vous me direz que son challenger, Jean-Christophe Cambadélis, a, lui, été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la MNEF, et, une autre fois, pour un emploi fictif – décidément ! – dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés.

Match nul donc. Les éléphants socialistes avaient à choisir entre deux « ex-repris de justice »… N’est-ce pas François Hollande qui s’était engagé pendant sa campagne à ne pas s’entourer de personnes condamnées par la justice ? Vous me direz qu’Harlem Désir ne siège pas au gouvernement : il ne sera que le patron du parti majoritaire…

A droite maintenant.

Question divisions, associations de circonstances, jeu à trois bandes, arrière-pensées en tout genre, difficile d’égaler les apparatchiks de l’UMP ! Copé et Fillon sont décidément du même tonneau que leurs camarades socialistes. Et leurs meilleurs alliés. L’absolue priorité, vous l’avez compris, est au recueil des signatures nécessaires pour se présenter au vote des militants.

Le reste, chômage qui ne cesse de grimper, prix qui s’envolent, insécurité qui perdure, désindustrialisation qui nous affaiblit, quelle importance ?

Ils ont mieux à faire : se déchirer pour les meilleurs places.

Les hallucinations de BHL

Vingt morts de plus le week-end dernier en Syrie. Tous les jours, la liste des victimes s’allonge. De part et d’autre. Combattants et civils. Le régime de Bachar Al-Assad est une horreur… qui ne date pas d’hier, certains devraient s’en souvenir. J’ai encore en tête de m’être trouvé bien seul quand, avec une poignée de militants de Reporters sans frontières, nous nous faisions arrêter sans ménagement sur les Champs Elysées. Nous étions le 14 juillet 2008 et le potentat syrien était l’invité de Nicolas Sarkozy pour le défilé de notre fête nationale…

Un dictateur, Bachar Al-Assad ? Il n’y a pas de doute et rien ne saurait justifier de le taire. Mais de là à dire n’importe quoi… Les journalistes Marc de Miramon et Antonin Amado le rappellent avec justesse dans la dernière livraison du Monde diplomatique. On y lit, par exemple, que le site de Bernard-Henri Lévy affirmait, dès septembre 2011, que « des tueurs d’Assad [ont] lancé dans la région d’Al Rastan, non loin de la ville rebelle de Homs, des opérations aériennes avec utilisation de gaz toxiques ». Rien que ça ! Mais sans aucune preuve, souligne l’Agence France-Presse. Qu’importe : la fin justifie les moyens. Comme les fameuses « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, inventées de toutes pièces par l’administration Bush, histoire de justifier l’invasion de l’Irak.

Autre grande figure de notre intelligentsia, l’inénarrable Caroline Fourest. Cette fois, c’est dans Le Monde qu’on peut lire sous sa plume : « D’après Al-Arabiya, des opposants au régime iranien affirment que leur gouvernement a fourni un four crématoire à son allié syrien. Installé dans la zone industrielle d’Alep, il tournerait à plein régime… Pour brûler les cadavres des opposants ? » Hitler est de retour ! Mais notre écrivaine se garde bien de préciser que la chaîne satellitaire, qui diffuse la « nouvelle », appartient à l’Arabie saoudite, comme chacun sait un modèle de probité en matière d’information et, surtout, le véritable « parrain » de l’opposition syrienne. On ne va quand même pas se compliquer la vie avec ce genre de détails…

Nos va-t-en-guerre sont décidément prêts à tout pour nous pousser à intervenir dans la guerre civile qui ravage la Syrie. Comme déjà en Libye, avec les conséquences que l’on sait… Des faucons à qui notre droite ferait bien de ne pas emboiter le pas. Tous les arguments ne sont pas bons pour critiquer la gauche. Cette fois, la prudence de François Hollande a du bon. Il faut savoir le reconnaître.